Dans le paysage des télécommunications algériennes, marqué par des défis persistants et une transformation numérique accélérée, la récente nomination d’Abdelghani Ait Saïd au poste de président-directeur général (PDG) d’Algérie Télécom suscite autant d’espoirs que de questionnements. Installé officiellement le 26 janvier 2026 par le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, lors d’une cérémonie à Alger, ce cadre interne de l’entreprise succède à Adel Bentoumi, limogé un mois plus tôt en décembre 2025. Cette transition intervient à un moment critique pour l’opérateur public, qui fait face à une vague de critiques sur la qualité de ses services internet, dans un contexte où l’Algérie aspire à une connectivité plus robuste pour soutenir son économie numérique.
Abdelghani Ait Saïd n’est pas un inconnu dans les couloirs d’Algérie Télécom. Avant sa promotion, il occupait le poste de chef de division achats, moyens et patrimoine au sein de l’opérateur historique. Son parcours professionnel, étalé sur plus de 12 ans au sein de l’entreprise, inclut des responsabilités en matière de gestion des ressources et des acquisitions. Précédemment, il a servi comme chef de service perfectionnement au Centre National du Registre de Commerce (CNRC) depuis novembre 2009. Cette expérience interne pourrait être vue comme un atout pour une continuité opérationnelle, mais elle soulève également des interrogations sur la capacité d’innovation. Dans un secteur aussi dynamique que les télécoms, où la concurrence des opérateurs mobiles comme Mobilis, Djezzy et Ooredoo s’intensifie, une nomination issue des rangs internes risque-t-elle de perpétuer les mêmes pratiques qui ont conduit à des dysfonctionnements récurrents ?
Algérie Télécom, filiale du Groupe Télécom Algérie et opérateur exclusif de l’ADSL et de la fibre optique en Algérie, est au cœur de la stratégie nationale de digitalisation. Créée en 2003 suite à la séparation des activités postales et télécoms des anciens PTT, l’entreprise gère un réseau essentiel pour des millions d’abonnés. Pourtant, depuis le début de l’année 2026, les plaintes des utilisateurs se multiplient : débits en chute libre, latences élevées, micro-coupures fréquentes, particulièrement en soirée dues à la saturation causée par le streaming sur des plateformes comme Netflix ou YouTube. Des abonnés, notamment dans les domaines du gaming et du télétravail, rapportent des expériences frustrantes, avec des pings instables passant de 30 à 70 ms sans explication, rendant les connexions inadaptées aux besoins modernes.
Le ministre Zerrouki a tenté d’expliquer ces perturbations lors d’une intervention à l’Assemblée populaire nationale (APN) le 15 janvier 2026, attribuant les problèmes à des pressions mondiales sur les câbles sous-marins et les fournisseurs d’IP Transit internationaux, plutôt qu’à des failles locales d’Algérie Télécom. Selon lui, la capacité internationale de l’Algérie atteint 10,2 Tbps début 2026, contre 9,8 Tbps fin 2024, ce qui devrait théoriquement suffire à une demande estimée entre 2 et 4 Tbps en heure de pointe. Des travaux avec des partenaires internationaux sont en cours, promettant une amélioration dès la semaine suivante. Cependant, cette explication peine à convaincre les usagers désabusés, qui pointent du doigt une infrastructure saturée par l’explosion des abonnements à la fibre optique – passés de 53 000 foyers en 2020 à 2 millions aujourd’hui.
Critiquer cette nomination sans contextualiser les défis structurels serait injuste, mais il est légitime de s’interroger sur la vision stratégique d’Abdelghani Ait Saïd. L’opérateur public doit accélérer la transition du réseau cuivre, obsolète et sensible aux pannes, vers la fibre optique d’ici fin 2027, comme annoncé par le gouvernement. Cette migration est cruciale : la fibre offre des débits supérieurs, de 100 Mbps à plusieurs Gbps, avec une meilleure qualité de service. Pourtant, la dépendance à seulement 5-6 câbles sous-marins principaux reste un risque majeur, amplifié par des incidents techniques chez des fournisseurs en Europe du Sud-Ouest. Des projets comme l’extension de MADEX (prévue pour juin 2026), MEDUSA (20 Tbps, entrée en service partielle fin 2026-début 2027) et Africa-1 sont censés renforcer la résilience, mais leur déploiement tardif laisse l’Algérie vulnérable à des perturbations globales.
Au-delà des infrastructures, Algérie Télécom fait face à une concurrence accrue des opérateurs mobiles, qui poussent la 4G et préparent la 5G. Le ministre Zerrouki a récemment insisté sur l’optimisation de la 4G, en réduisant les interruptions et couvrant les « points noirs » – zones mal desservies. Mais pour un opérateur fixe comme Algérie Télécom, cela signifie repenser son modèle : partenariats avec des micro-entreprises locales pour étendre la fibre, comme initié en 2025 avec l’ANGEM, ou campagnes de proximité pour promouvoir les services numériques. Abdelghani Ait Saïd, avec son expertise en achats et patrimoine, pourrait exceller dans la gestion des ressources pour ces projets, mais saura-t-il insuffler l’innovation nécessaire pour concurrencer les mobiles et répondre aux attentes des jeunes Algériens, friands de connexions stables pour l’éducation en ligne, le e-commerce et le divertissement ?
Cette nomination arrive aussi dans un contexte plus large de transformation numérique nationale. Algérie Télécom n’est pas seulement un fournisseur d’internet ; c’est l’épine dorsale de l’économie digitale. Des partenariats stratégiques, comme celui avec Huawei annoncé en février 2025, visent à moderniser les infrastructures, mais les retards accumulés – fibre optique couvrant à peine 50% des abonnés fixes en 2025 – soulignent un écart entre ambitions et réalité. Les usagers, las des promesses non tenues, exigent plus de transparence : pourquoi les plaintes sur les réseaux sociaux, comme TikTok et Instagram, ne débouchent-elles pas sur des solutions immédiates ?
En fin de compte, le succès d’Abdelghani Ait Saïd dépendra de sa capacité à transformer ces défis en opportunités. L’Algérie, avec sa jeunesse connectée et son potentiel économique, mérite un opérateur télécom à la hauteur de ses aspirations. Reste à voir si cette promotion interne marquera un véritable renouveau ou si elle perpétuera les inerties d’un secteur public souvent critiqué pour sa bureaucratie. Les prochains mois seront décisifs, avec des yeux rivés sur les indicateurs de qualité de service et les avancées en fibre optique.









