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Ressources en eau en Algérie : Acquis notables et défis à relever pour une sécurité hydrique durable

L’Algérie, pays semi-aride exposé aux aléas climatiques, place la gestion de ses ressources en eau au centre de sa politique publique. Avec une population en croissance et des besoins croissants en agriculture, industrie et consommation domestique, le pays a multiplié les investissements ces dernières années. Aujourd’hui, un équilibre se dessine entre les avancées concrètes en infrastructures et les contraintes persistantes liées au stress hydrique. Cette stratégie de diversification des sources – barrages, dessalement, eaux souterraines et eaux usées traitées – reflète une approche pragmatique face à la rareté de la ressource.

Un accès à l’eau potable largement amélioré

L’un des indicateurs les plus positifs reste le taux de raccordement aux réseaux d’eau potable, qui atteint désormais 98 % au niveau national. Cette couverture quasi générale témoigne des efforts déployés pour étendre les réseaux et moderniser les systèmes de distribution. Les citoyens, qu’ils vivent en milieu urbain ou rural, bénéficient d’un approvisionnement plus régulier, même si des disparités régionales subsistent selon les conditions hydrologiques locales.

Un réseau de barrages renforcé

L’Algérie dispose aujourd’hui de 81 barrages opérationnels. Leur taux de remplissage moyen avoisinait les 50 % en février dernier, avec près de 20 ouvrages affichant un niveau entre 80 et 100 %. Ces infrastructures restent un pilier historique de la mobilisation des eaux de surface. Grâce à des interconnexions et des transferts inter-régionaux, l’eau peut être redistribuée plus équitablement entre le nord et les zones plus arides. La loi de finances 2026 prévoit d’ailleurs des enveloppes dédiées à ces projets d’envergure, renforçant ainsi la solidarité hydrique entre wilayas.

Le dessalement de l’eau de mer : une solution d’avenir en pleine expansion

Face à l’irrégularité des précipitations, le dessalement s’impose comme un levier stratégique. Le pays compte 24 stations opérationnelles, dont cinq grandes unités mises en service fin 2025. Leur production cumulée atteint 3,7 millions de mètres cubes par jour. L’objectif affiché est clair : couvrir 62 % des besoins nationaux en eau à l’horizon 2030 grâce à cette ressource non conventionnelle. Ces installations, concentrées principalement sur la côte, permettent de soulager les nappes phréatiques et les barrages traditionnels, tout en garantissant une production stable indépendante des pluies.

Valorisation des eaux usées et traitement tertiaire

Parallèlement, l’Algérie accélère le recyclage des eaux usées. De nouvelles stations d’épuration intègrent un traitement tertiaire intensifié, rendant l’eau réutilisable pour l’irrigation agricole. L’exemple de la station de Tindouf illustre cette dynamique : elle permet d’apporter une ressource précieuse aux zones sahariennes tout en réduisant la pression sur les eaux conventionnelles. Ces projets s’inscrivent dans une logique d’économie circulaire, où chaque goutte compte.

Les défis persistants du stress hydrique

Malgré ces avancées, le pays reste confronté à un stress hydrique chronique. Les changements climatiques accentuent l’irrégularité des pluies, la hausse des températures et l’évaporation accrue. La demande en eau ne cesse de croître avec le développement démographique et économique, tandis que certaines nappes souterraines montrent des signes de surexploitation. Aucune solution miracle n’existe : comme le soulignent les experts, seule une mobilisation exhaustive de toutes les ressources disponibles, couplée à une gouvernance rigoureuse, permettra de répondre durablement à ces enjeux.

Une stratégie gouvernementale axée sur la diversification et l’économie d’eau

Les pouvoirs publics ont adopté une feuille de route claire. Le ministre du secteur l’a résumé en ces termes : les autorités ont mis en place un plan précis pour atténuer les effets du changement climatique et du manque de ressource, via des budgets importants alloués aux stations de pompage, à l’épuration, à la construction de barrages lorsque les conditions techniques le permettent, et bien sûr au dessalement. La sécurité hydrique figure désormais au même rang que la sécurité alimentaire et énergétique dans les priorités nationales.

L’accent est également mis sur la bonne gouvernance : sensibilisation aux économies d’eau, modernisation des réseaux pour limiter les pertes, et recherche de solutions innovantes. L’interconnexion des barrages et les transferts Sud-Nord ou Sud-Sud renforcent cette résilience territoriale.

Ces efforts combinés montrent que l’Algérie progresse de manière mesurée vers une plus grande souveraineté hydrique. Les acquis en infrastructures et en couverture populaire sont réels, tandis que les défis climatiques et démographiques exigent une vigilance et une adaptation constantes. Dans ce contexte, la poursuite des investissements et l’implication de tous les acteurs – publics, privés et citoyens – restent déterminants pour préserver cette ressource vitale pour les générations futures.