Détournement de l’allocation touristique : première arrestation pour fraude à la frontière tunisienne
Le gouvernement algérien a procédé à la première arrestation pour détournement de l’allocation touristique de 750 euros. Un voyageur tentant de rentrer illégalement en Algérie après avoir obtenu son droit de change pour la Tunisie a été interpellé et placé en détention préventive, marquant un tournant dans l’application des nouvelles réglementations.
Cette affaire, révélée par le parquet de Tébessa, survient dans un contexte de ruée massive vers cette allocation et de préoccupations croissantes des autorités quant à son détournement vers le marché parallèle des changes. Elle illustre la volonté des institutions financières et judiciaires de mettre fin aux abus entourant cette mesure.
Une arrestation aux frontières pour non-respect des conditions légales
Dans la soirée du 8 décembre 2025, les services de sécurité ont arrêté un individu désigné sous les initiales Ch. A. alors qu’il tentait de pénétrer illégalement sur le territoire algérien depuis un pays voisin, en dehors des points de passage frontaliers officiels. Une fouille a révélé qu’il était en possession d’une somme de 700 euros. L’enquête a établi que cette somme provenait de l’allocation touristique de 750 euros qu’il avait préalablement obtenue pour un voyage en Tunisie.
Le parquet de Tébessa a précisé que le prévenu avait enfreint les conditions légales d’obtention de ce droit de change, notamment celle liée à la durée minimale de séjour à l’étranger, fixée à sept jours. En tentant de rentrer clandestinement avant ce délai et en étant porteur de la majeure partie de la somme allouée, l’intention de détourner les devises vers le marché noir devenait évidente. Le procureur de la République a donc inculpé le voyageur pour « entrée illégale sur le territoire national et violation de la législation et de la réglementation relatives au change et aux mouvements de capitaux de et vers l’étranger ». Placé en détention provisoire, il attend désormais son procès en comparution immédiate.
Le rappel à l’ordre strict de la Banque d’Algérie
Cette première arrestation intervient quelques jours seulement après un rappel ferme de la Banque d’Algérie (BA) sur les conditions d’utilisation de l’allocation. Dans un communiqué diffusé dimanche dernier, l’institution monétaire a réaffirmé que le droit de change était attribué « uniquement à destination du bénéficiaire effectif » et qu’il était « strictement interdit de détourner le montant obtenu à des fins autres que le voyage à l’étranger ».
La Banque d’Algérie s’est appuyée sur l’instruction N°05-2025, qui régit le droit de change pour voyage à l’étranger. Ce texte interdit et sanctionne « toute manœuvre visant à dévier l’usage du montant du droit de change, conformément à la législation en vigueur ». L’arrestation à Tébessa constitue ainsi la première traduction concrète et judiciaire de cet avertissement, envoyant un signal fort aux éventuels fraudeurs. Les autorités entendent ainsi dissuader toute tentative de spéculation sur la différence entre le taux de change officiel et celui pratiqué sur le marché parallèle, une pratique qui grève les réserves de devises du pays.
Contexte de ruée et nouvelles mesures restrictives sur les voyages organisés
L’affaire de Tébessa ne peut être dissociée du phénomène de ruée massive observé ces derniers temps, particulièrement vers la Tunisie, où des réseaux ont organisé des voyages expressément conçus pour permettre aux participants de toucher l’allocation et de reconvertir immédiatement les euros sur le marché informel. Face à cette « saignée » des réserves de change, les autorités ont pris des mesures supplémentaires la semaine dernière, avant même cette arrestation.
Depuis dimanche, une nouvelle exigence a été imposée : les bus transportant des touristes vers la Tunisie doivent désormais être munis d’une autorisation internationale de transport. Cette mesure, apparemment technique, a eu des conséquences immédiates et tangibles. De nombreux autocars ne remplissant pas cette condition se sont vus refuser le passage à la frontière, entraînant l’annulation de voyages déjà programmés. Cette décision frappe de plein fouet les agences et organisateurs spécialisés dans ces « voyages de l’allocation touristique », créant une situation de blocage et d’incertitude.
Les opérateurs algériens du secteur touristique et leurs partenaires en Tunisie évoquent déjà le risque de pertes économiques colossales. Cette mesure, combinée à l’action judiciaire, démontre la détermination des autorités à contrôler les flux et à s’assurer que l’allocation serve bien sa finalité première : faciliter un voyage effectif à l’étranger pour les citoyens, et non alimenter la spéculation sur les devises.
Portée judiciaire et enjeux économiques de la fraude à l’allocation
D’un point de vue judiciaire, l’inculpation retenue est lourde de conséquences. Les charges pour « violation de la législation relative au change et aux mouvements de capitaux » ne sont pas anodines et peuvent entraîner des peines sévères. Le placement en détention provisoire du prévenu, en attendant son procès, souligne la gravité avec laquelle les autorités traitent cette première affaire, qu’elles souhaitent sans doute érigée en exemple.
Sur le plan économique, l’enjeu est crucial pour l’Algérie. Le détournement systématique de l’allocation touristique représente une fuite de capitaux organisée qui contourne les contrôles de l’État. Chaque euro obtenu au taux officiel et revendu au marché noir génère un profit immédiat pour le fraudeur, mais prive l’économie nationale de devises précieuses et fausse la politique de change. La lutte contre ces détournements est donc une bataille pour la souveraineté monétaire et la préservation des réserves de change, dans un contexte économique international difficile.
La rapidité de l’action judiciaire suite au rappel de la Banque d’Algérie suggère une coordination renforcée entre les institutions financières, les douanes, les services frontaliers et la justice. Cette approche multidisciplinaire est essentielle pour traquer des fraudes qui, par nature, impliquent plusieurs étapes : l’obtention du droit, le voyage factice ou écourté, et la revente illicite. L’arrestation à la frontière montre que les maillons de cette chaîne de contrôle se resserrent.
Impact sur le secteur du tourisme et perspectives réglementaires
Les nouvelles mesures ont plongé le secteur des voyages organisés, notamment vers la Tunisie, dans une profonde incertitude. De nombreuses agences, qui avaient structuré une partie de leur activité commerciale autour de cette demande spécifique pour l’allocation, sont contraintes d’annuler des départs, avec les litiges et les pertes financières que cela engendre. Cette situation crée des tensions au sein de la profession touristique et avec les partenaires tunisiens qui accueillaient ces flux.
À plus long terme, cette affaire et le durcissement réglementaire posent la question de l’équilibre à trouver entre deux objectifs politiques : d’un côté, permettre aux citoyens d’accéder légitimement à des devises pour voyager, une demande sociale forte ; de l’autre, protéger l’économie nationale contre des pratiques frauduleuses qui la détournent de son but. Les autorités pourraient être amenées à réviser encore les modalités d’accès à l’allocation, par exemple en exigeant des preuves de dépenses sur place plus contraignantes (factures d’hôtel, billets d’avion internationaux) ou en renforçant les contrôles a posteriori.
La Tunisie, destination privilégiée et facile d’accès pour de nombreux Algériens, se trouve au cœur de ce dispositif de contrôle. La proximité géographique et la facilité d’organisation de voyages terrestres en avaient fait le théâtre principal des tentatives de détournement. La coopération bilatérale entre les autorités algériennes et tunisiennes en matière de contrôle frontalier et d’échange d’informations pourrait devenir un élément clé pour l’efficacité à long terme de la lutte anti-fraude.
Cette première arrestation pour détournement de l’allocation touristique de 750 euros marque probablement un tournant. Elle signale la fin d’une période de relative tolérance et le début d’une phase de stricte application des règles. Le message des autorités est clair : l’allocation touristique n’est pas une prime à la spéculation sur le change, mais un instrument au service de la mobilité des citoyens, dont le détournement sera sévèrement puni. L’évolution de la situation dans les prochaines semaines, notamment à travers le verdict du premier procès et l’adaptation des organisateurs de voyages, sera déterminante pour l’avenir de cette mesure.









