Accueil ALGÉRIE Le Fossé Salarial en Algérie : Une Comparaison Accablante entre Deux Époques

Le Fossé Salarial en Algérie : Une Comparaison Accablante entre Deux Époques

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salaires en Algérie

Depuis le début de l’année 2026, le discours officiel en Algérie tourne inlassablement autour des taxes, des amendes et des ajustements budgétaires. Les autorités insistent sur la nécessité de rationaliser les dépenses publiques et de préserver les ressources de l’État. Pourtant, un sujet crucial reste étrangement absent : l’évolution des salaires en Algérie. Les citoyens sont constamment rappelés à leurs obligations financières, mais on évoque rarement ce qu’ils perçoivent en retour. Cet article examine de près les données disponibles sur les revenus des Algériens, en comparant la période sous Abdelmadjid Tebboune à celle d’Abdelaziz Bouteflika. Les chiffres, issus de sources officielles comme l’Office National des Statistiques (ONS), peignent un tableau alarmant d’un déséquilibre économique qui frappe de plein fouet le pouvoir d’achat des ménages.

Le Salaire Minimum : Une Augmentation en Trompe-l’Œil

Officiellement, le salaire minimum national (SMIG) en Algérie a connu une hausse sous Tebboune. En 2019, à la fin de l’ère Bouteflika, il s’établissait à 20 000 dinars. En 2025, il a été porté à 24 000 dinars, soit une augmentation de 20 %. Les autorités annoncent même une hausse globale des salaires de 53 % d’ici 2027, en intégrant des revalorisations de 30 à 35 % pour les fonctionnaires publics. Cela semble impressionnant sur le papier, mais cette focalisation sur le SMIG masque la réalité plus large des salaires en Algérie.

Le SMIG représente le seuil minimal pour les débutants, et il ne concerne qu’une minorité de travailleurs. La majorité des Algériens – environ 64 % – œuvrent dans le secteur privé, où les rémunérations varient grandement et ne se limitent pas à ce plancher. Pour évaluer véritablement l’évolution des salaires en Algérie, il faut se tourner vers un indicateur plus représentatif : le salaire moyen national. Celui-ci reflète la moyenne des revenus perçus par l’ensemble des salariés déclarés, qu’ils soient indépendants, dans le privé ou le public.

Évolution des Salaires en Algérie : Le Contraste Frappant entre Bouteflika et Tebboune

Sous Bouteflika, de 2010 à 2019, le salaire moyen national est passé de 28 400 dinars à 42 271 dinars, soit une progression de près de 49 %. Cette augmentation témoigne d’une dynamique économique positive : croissance, amélioration du niveau de vie et renforcement du pouvoir d’achat. Les Algériens ont vu leurs revenus s’aligner sur les besoins croissants, favorisant l’émergence d’une classe moyenne et stimulant la consommation intérieure.

En revanche, sous Tebboune, de 2019 à 2025, ce même salaire moyen n’a évolué que de 1,25 %, atteignant à peine 42 800 dinars. Cette stagnation est d’autant plus choquante qu’elle s’accompagne d’une inflation galopante. Entre 2010 et 2019, l’inflation cumulée s’élevait à 51,5 %, mais les salaires ont suivi de près, avec une différence de seulement 3 points. Cela maintenait un équilibre relatif, permettant aux ménages de faire face aux hausses de prix.

À l’opposé, de 2020 à 2025, l’inflation cumulée a grimpé à 35,5 %. Face à cela, une augmentation salariale moyenne de 1,25 % crée un gouffre insurmontable. Les prix des produits de première nécessité – viande, légumes, fruits – ont bondi de 80 % en moyenne pour certains biens, tandis que les véhicules ont vu leurs coûts multipliés par 4 ou 5. Les salaires en Algérie n’ont pas suivi cette spirale, entraînant un appauvrissement généralisé.

L’Impact de l’Inflation sur les Salaires en Algérie

Pour comprendre l’ampleur du problème, il est essentiel de lier les salaires à l’inflation. Les prix ne sont pas absolus ; leur impact dépend des revenus disponibles. Un verre de jus d’orange à 100 dinars n’a pas la même signification dans un pays où le salaire moyen est de 42 800 dinars que dans un autre où il atteint 2 500 euros. Sous Bouteflika, malgré un choc pétrolier en 2014 qui a fait chuter les prix du baril, les salaires ont progressé, atténuant les effets de l’inflation.

Tebboune, lui, a bénéficié d’une conjoncture favorable : la pandémie de COVID-19 a été surmontée, et la guerre en Ukraine a propulsé les prix du pétrole au-delà de 110 dollars en 2022-2023, gonflant les recettes de l’État. Pourtant, ces opportunités n’ont pas été traduites en améliorations salariales pour la population. Au lieu de cela, le régime a multiplié les taxes et les restrictions, rendant tout plus cher sans ajuster les revenus en conséquence.

Les fonctionnaires publics, qui représentent environ 3 millions de personnes sur 12 millions de salariés, ont certes vu leurs salaires augmenter de 30-35 %. Mais même pour eux, ces hausses ne font que compenser l’inflation, sans gain réel. Les policiers, gendarmes et militaires ont pu mieux s’en sortir relativement, mais ils regrettent souvent l’époque où leur pouvoir d’achat permettait une vie plus épanouie. Pour le reste des Algériens, travaillant dans le privé ou comme indépendants, la précarité s’est installée. Ceux touchant moins de 30 000 dinars survivent à peine, loin des rêves d’ascension sociale.

Les Conséquences Sociales d’une Politique Économique Défaillante

Cette disparité salariale n’est pas anodine. Elle reflète une gestion économique répressive, marquée par l’absence de croissance inclusive. Sous Bouteflika, l’Algérie connaissait une émergence : consommation accrue, accès à des biens comme les voitures, sorties au restaurant, voyages. Les salaires en Algérie permettaient de couvrir les besoins essentiels et au-delà, favorisant l’épanouissement.

Aujourd’hui, avec Tebboune, c’est l’instinct de survie qui domine. Les fins de mois sont difficiles, et les luxes simples deviennent inaccessibles. De nombreux Algériens regrettent ouvertement l’ère précédente, où leur salaire avait une valeur tangible. L’appauvrissement touche la majorité : une population de près de 48 millions d’habitants en 2025 voit son niveau de vie régresser, malgré les promesses officielles.

Les autorités manipulent souvent les chiffres en se focalisant sur le SMIG ou les fonctionnaires, ignorant le salaire moyen qui englobe tous les secteurs. Cette approche incomplète cache le chaos : une inflation débridée sans contrepartie salariale. Pour dresser un bilan honnête, il faut examiner l’ensemble – public, privé, indépendants – et non des segments isolés.

En fin de compte, les données officielles soulignent un échec patent : les salaires en Algérie stagnent tandis que les coûts explosent. Cela appelle à une réflexion urgente sur les priorités économiques, pour que les citoyens ne soient plus les seuls à payer l’addition sans en récolter les fruits.