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Inauguration du projet de mine de Gâra Djebilet : un rêve industriel vieux de plus de 70 ans

Le dimanche 1er février 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a inauguré, depuis la gare de Béchar, la ligne ferroviaire minière Ouest Gâra Djebilet-Tindouf-Béchar. Longue de 950 km, cette infrastructure traverse le Sahara et relie directement le gisement de fer de Gâra Djebilet aux complexes sidérurgiques du nord. Ce n’est pas seulement l’ouverture d’une voie ferrée : c’est le lancement effectif de l’exploitation à grande échelle d’un des plus grands gisements de fer au monde, estimé à 3,5 milliards de tonnes de réserves.

Découvert en 1952, le gisement de Gâra Djebilet est resté pendant des décennies un « géant dormant ». Situé à plus de 1 500 km des centres industriels d’Oran et d’Annaba, il souffrait d’un enclavement géographique extrême. Les tentatives d’exploitation après l’indépendance se sont heurtées à l’absence d’infrastructures de transport viables. En 2022, une première phase d’exploitation a été lancée, mais limitée à quelques millions de tonnes par an en raison des contraintes logistiques.

Aujourd’hui, tout change. La nouvelle ligne ferroviaire, construite en un temps record de 20 mois par un groupement associant l’entreprise chinoise CRCC et des sociétés algériennes, change la donne. Elle permet d’acheminer le minerai jusqu’à Béchar, puis vers les unités de transformation du nord, notamment le complexe sidérurgique de Tosyali à Oran. Dès les premiers jours suivant l’inauguration, les premiers trains de fret chargés de minerai ont pris la direction du nord.

Le président Tebboune a qualifié ce projet de « l’un des plus grands projets stratégiques de l’histoire de l’Algérie indépendante ». Il a souligné que cette réalisation permet à l’Algérie de réduire drastiquement ses importations de minerai de fer, avec une économie annuelle estimée à 1,2 milliard de dollars. L’objectif à terme est d’atteindre une production de 50 millions de tonnes par an, faisant du pays un acteur majeur de la sidérurgie africaine.

Le projet ne se limite pas à l’extraction. Il inclut la construction d’unités de traitement primaire sur site, dont la première doit entrer en service d’ici avril-mai 2026. Ces installations permettront d’enrichir le minerai (qui contient du phosphore) avant son transport, augmentant sa valeur ajoutée et sa compétitivité sur les marchés internationaux. À plus long terme, l’ambition est de transformer localement une partie du minerai en acier, renforçant ainsi la souveraineté industrielle du pays.

Au-delà des chiffres, l’impact humain et régional est considérable. Le projet devrait générer entre 15 000 et 20 000 emplois directs et indirects, notamment dans les wilayas de Tindouf et Béchar. Il ouvre la région du Sud-Ouest sur le reste du pays, favorise le développement local et consolide la présence de l’État dans des zones frontalières stratégiques. La ligne transporte également des passagers, améliorant la mobilité dans le Sahara occidental.

La réalisation technique mérite d’être saluée : 950 km de voie ferrée construits en plein désert, avec 8 gares, 45 ponts (dont le plus long pont ferroviaire d’Afrique), dans des conditions climatiques extrêmes, par plus de 15 000 travailleurs. Le délai initialement prévu était fin 2026 ; le projet a été livré avec plusieurs mois d’avance.

Ce projet s’inscrit dans une vision plus large de diversification économique. L’Algérie, longtemps dépendante des hydrocarbures, accélère son pivot vers les mines, la sidérurgie et les industries de transformation. Gâra Djebilet devient le symbole concret de cette ambition : transformer les richesses naturelles en valeur ajoutée nationale, créer des emplois qualifiés et réduire la dépendance aux importations.

Avec la mise en service de cette ligne, l’exploitation du minerai de fer entre dans une phase industrielle réelle. Les premières cargaisons ont déjà atteint Oran. D’ici quelques mois, la capacité de production augmentera progressivement. Le « géant » de Gâra Djebilet est enfin réveillé, et avec lui, tout un pan de l’économie algérienne entre dans une nouvelle ère.