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Transition Énergétique en Algérie : Pourquoi Accélérer le Pas vers un Mix Plus Diversifié

L’Algérie, dotée de réserves importantes d’hydrocarbures et d’un ensoleillement exceptionnel, se trouve à un moment clé de son histoire énergétique. Alors que la demande intérieure en électricité ne cesse de croître et que les marchés mondiaux évoluent vers des sources plus propres, la diversification du bouquet énergétique devient une priorité stratégique. Sans précipitation ni minimisation des défis, il apparaît clairement que renforcer le rythme de la transition énergétique permettrait de sécuriser l’approvisionnement national, de valoriser au mieux les ressources existantes et d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques.

Le système électrique algérien repose encore massivement sur les centrales thermiques au gaz naturel. Des études récentes, comme celles du cabinet GlobalData, soulignent que cette source pourrait encore représenter environ 85 % de la production d’électricité à l’horizon 2035, avec une capacité thermique installée autour de 72 % du total, contre près de 98 % en 2025. Cette évolution, bien que positive, reste progressive. L’Algérie produit actuellement autour de 110 milliards de mètres cubes de gaz par an, dont la moitié est consommée localement et l’autre exportée. L’objectif affiché est d’atteindre 200 milliards de mètres cubes pour répondre à la fois à la demande interne et maintenir le rôle de fournisseur fiable sur le marché européen. Pourtant, les réserves exploitables, estimées à 4 500 milliards de mètres cubes, ne sont pas infinies. Une dépendance prolongée expose le pays à des risques de volatilité des prix et à une pression accrue sur les exportations si la consommation domestique continue d’augmenter.

Un parc photovoltaïque de 220 MW bientôt lancé à Bechar

Un potentiel renouvelable parmi les plus élevés au monde

L’Algérie bénéficie d’un atout naturel rare : un rayonnement solaire parmi les plus intenses de la planète. Avec plus de 2 000 heures d’ensoleillement par an sur l’ensemble du territoire et jusqu’à 3 900 heures dans le Sahara, le pays pourrait théoriquement produire plusieurs milliers de fois sa consommation nationale actuelle d’électricité grâce au seul solaire. Le potentiel éolien n’est pas en reste, notamment sur les hauts plateaux et dans certaines régions du Sud. S’ajoute à cela la possibilité de développer l’hydrogène vert, en combinant ces ressources abondantes avec l’expertise gazière existante.

Ces atouts ne restent pas lettre morte. En 2025, le pays a mis en service 400 MW supplémentaires de capacités solaires photovoltaïques, lui permettant d’intégrer le top 10 africain dans ce domaine selon le Global Solar Council. Les importations de panneaux solaires ont été multipliées par soixante-dix la même année, signe d’une mobilisation concrète des acteurs publics et privés. Le programme national de développement des énergies renouvelables, régulièrement actualisé, vise plusieurs milliers de mégawatts supplémentaires d’ici 2030-2035, avec une part significative dédiée au marché intérieur et une autre à l’exportation éventuelle.

Des enjeux économiques et stratégiques majeurs

Accélérer la transition énergétique répond à plusieurs objectifs interconnectés. D’abord, préserver les réserves de gaz pour les usages à plus haute valeur ajoutée, notamment les exportations et la pétrochimie. En libérant une partie du gaz aujourd’hui brûlé dans les centrales électriques, l’Algérie pourrait renforcer ses recettes en devises tout en stabilisant le réseau électrique national. Ensuite, réduire la vulnérabilité face aux fluctuations des cours internationaux des hydrocarbures, qui pèsent encore lourdement sur le budget de l’État.

Sur le plan environnemental, une plus grande part de renouvelables contribue à atténuer les émissions de gaz à effet de serre, conformément aux engagements internationaux du pays. Sur le plan social, le développement des filières solaire, éolien et hydrogène vert peut générer des emplois qualifiés dans la fabrication, l’installation, la maintenance et même la recherche.

Enfin, géostratégiquement, l’Algérie dispose de tous les ingrédients pour devenir un partenaire clé de l’Europe dans l’énergie propre : infrastructures de transport existantes (gazoducs), proximité géographique et expertise technique accumulée.

Le projet de corridor South H2, annoncé en janvier 2025, illustre parfaitement cette ambition. Il prévoit le transport de jusqu’à 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an vers l’Europe, soit près de 10 % de la demande européenne projetée à l’horizon 2040. Une centrale semi-industrielle de 50 MW à Arzew est en cours de développement, et l’Organisation arabe des pays exportateurs de pétrole (OAPEC) a récemment salué ces efforts, qualifiant l’Algérie d’« acteur stratégique » dans la transition régionale.

un gazoduc hydrogène pour relier l’Afrique du Nord et l’ Europe

Des défis structurels réels mais surmontables

Le secteur reste largement dominé par les acteurs publics Sonatrach et Sonelgaz, ce qui limite pour l’instant l’arrivée de producteurs indépendants d’électricité (IPP). Les contrats d’achat d’électricité (PPA) et les exigences de contenu local, bien qu’elles visent à favoriser l’industrie nationale, peuvent parfois complexifier les projets et freiner certains investisseurs étrangers. Le cadre réglementaire continue d’évoluer, avec des réformes récentes en matière de gouvernance énergétique destinées à clarifier les rôles et à améliorer la transparence.

Par ailleurs, le financement reste un enjeu : les estimations pour atteindre les objectifs ambitieux en renouvelables oscillent entre 50 et 70 milliards de dollars d’ici 2035. L’annonce d’un plan d’investissement global de 60 milliards de dollars dans le secteur énergétique entre 2025 et 2029, dont une partie significative pour l’amont hydrocarbures mais aussi pour la diversification, montre une volonté de mobilisation des ressources. Le gaz peut précisément servir de levier transitoire pour financer cette révolution solaire et hydrogène.

Une dynamique positive déjà engagée

Les signaux récents sont encourageants. Au-delà des ajouts de capacités photovoltaïques en 2025, plusieurs projets structurants sont en cours d’exécution, notamment dans le Sud. Le ministère de l’Énergie et des Mines a réaffirmé l’objectif d’un programme de 15 000 MW de renouvelables d’ici 2035, dont une première tranche de 3 000 MW prévue pour être opérationnelle dès le premier trimestre 2026. Ces avancées s’inscrivent dans une stratégie plus large de sécurisation énergétique nationale tout en préparant l’après-pétrole et gaz.

L’Algérie n’a pas besoin de copier des modèles étrangers. Elle peut s’appuyer sur sa propre expérience de grand producteur et exportateur d’énergie pour bâtir un mix équilibré, où le gaz reste un pilier de transition fiable pendant que les renouvelables gagnent progressivement du terrain. Avec une mise en œuvre accélérée mais maîtrisée des projets en cours, le pays peut transformer ses contraintes actuelles en véritables atouts de souveraineté et de rayonnement régional.

La transition énergétique n’est pas une option idéologique, mais une réponse pragmatique aux réalités géographiques, économiques et climatiques du XXIe siècle. Pour l’Algérie, accélérer ce mouvement signifie avant tout anticiper, sécuriser et valoriser au mieux son immense potentiel pour les générations futures.