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Crise dans le détroit d’Ormuz : Les surcharges maritimes pèsent sur les importateurs algériens

Fermeture du détroit d'Ormuz : impact de la crise sur le marché de l'énergie

Depuis le 2 mars 2026, les entreprises algériennes qui s’approvisionnent en Asie font face à une augmentation soudaine et significative de leurs coûts de transport maritime. Les principaux armateurs mondiaux ont introduit des surcharges d’urgence sur le fret conteneurisé, directement liées à la fermeture effective du détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique au cœur des tensions au Moyen-Orient.

Cette situation touche particulièrement les importations en provenance des ports asiatiques, qui représentent une part importante des approvisionnements de l’Algérie en biens de consommation, équipements industriels, textiles et produits électroniques. Les surtaxes s’appliquent tant aux nouvelles réservations qu’aux cargaisons déjà en mer non encore arrivées à destination au 3 mars.

Les raisons derrière l’envolée des coûts

La fermeture du détroit d’Ormuz, passage obligatoire pour une grande partie du commerce maritime entre l’Asie et l’Europe/Afrique, a contraint les compagnies à rerouter leurs navires par le cap de Bonne-Espérance. Ce détour allonge les trajets de 10 à 14 jours en moyenne et fait exploser les dépenses opérationnelles : carburant supplémentaire, temps d’immobilisation et primes d’assurance en hausse.

Selon les données disponibles, environ 170 porte-conteneurs, représentant près de 450 000 EVP (équivalents vingt pieds), se trouvent actuellement bloqués ou en attente dans le Golfe persique. Les armateurs répercutent ces charges exceptionnelles sur leurs clients pour maintenir la viabilité de leurs services dans un contexte de forte incertitude.

### Détails des surcharges appliquées par les grands acteurs

Plusieurs compagnies ont annoncé des mesures concrètes :

Ocean Silk Line (basée à Hong Kong) a mis en place une *Emergency Conflict Surcharge* (ECS) de 1 500 dollars par conteneur de 20 pieds, 3 000 dollars pour un 40 pieds, et jusqu’à 4 000 dollars pour les conteneurs réfrigérés ou à équipements spéciaux.
CMA CGM applique une ECS de 2 000 dollars par EVP pour les conteneurs secs de 20 pieds, 3 000 dollars pour les 40 pieds et 4 000 dollars pour les reefers. La compagnie a également suspendu temporairement ses liaisons directes vers l’Asie et prévoit une révision à la hausse des taux FAK (Freight All Kinds) entre le 15 et le 31 mars 2026. Les ports algériens figurent parmi les destinations les plus coûteuses de ce nouveau barème, avec des frais portuaires et sécuritaires additionnels.
Hapag-Lloyd a introduit une *War Risk Surcharge* de 1 500 dollars par EVP standard et 3 500 dollars pour les équipements spéciaux ou réfrigérés.
Maersk a quant à elle annoncé une augmentation d’urgence des tarifs sur les routes impliquant les pays du Golfe (Émirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït, Irak et Oman).

En Algérie, CMA CGM répercute par ailleurs la taxe de 4 % sur les prestations de fret maritime instaurée par la loi de finances 2025, ce qui cumule les effets sur la facture finale des importateurs.

Impacts sur le secteur import en Algérie

Les entreprises algériennes dépendent largement des flux asiatiques pour leurs approvisionnements. Les ports d’Alger, d’Oran ou de Skikda, principaux points d’entrée des conteneurs, absorbent désormais ces hausses qui se traduisent par des coûts logistiques nettement plus élevés. Pour un importateur moyen, cela peut représenter plusieurs milliers de dollars supplémentaires par conteneur, selon la taille et le type de marchandise.

Ces augmentations risquent d’être répercutées en partie sur les prix à la consommation ou de comprimer les marges des distributeurs et industriels. Les délais de livraison allongés compliquent également la gestion des stocks, particulièrement pour les biens à rotation rapide ou les produits périssables.

Les acteurs du secteur observent cette évolution avec attention. Hua Joo Tan, cofondateur de Linerlytica, spécialiste de l’analyse du transport conteneurisé, résume la situation : les armateurs publient d’abord leurs nouveaux tarifs, puis décident s’ils acceptent ou non les réservations. Pour l’instant, aucune visibilité claire n’existe sur la reprise normale des bookings.

Vers quelles adaptations ?

Face à cette pression, les importateurs algériens explorent déjà des pistes : diversification vers d’autres origines d’approvisionnement, optimisation des volumes par conteneur ou recours accru au fret aérien pour les marchandises à haute valeur et urgence. Les autorités et les chambres de commerce suivent de près l’évolution pour accompagner le tissu économique dans cette période de turbulences.

La crise d’Ormuz rappelle la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales aux aléas géopolitiques. Pour l’Algérie, dont le commerce extérieur repose en grande partie sur le maritime, cette situation souligne l’importance d’une logistique résiliente et d’une veille permanente sur les routes internationales.

Les prochains jours seront déterminants pour mesurer l’ampleur réelle des répercussions et les ajustements que le marché mettra en place. Les importateurs restent mobilisés pour limiter l’impact sur leurs opérations tout en maintenant la continuité des flux commerciaux essentiels au pays.