Dans le secteur de l’aviation internationale, les fonds aériens bloqués représentent un défi majeur pour les compagnies aériennes étrangères. Ces revenus, issus principalement de la vente de billets, du fret et d’autres services, sont souvent immobilisés par des gouvernements en raison de restrictions sur les devises, empêchant leur rapatriement vers les pays d’origine des transporteurs. Ce phénomène, qui viole fréquemment des accords bilatéraux sur les services aériens, met en péril la stabilité financière des opérateurs et la connectivité aérienne mondiale. L’Algérie se distingue particulièrement dans cette situation critique, occupant désormais la première place parmi les nations concernées, selon les dernières données publiées par l’Association internationale du transport aérien (IATA).
Le Contexte des Fonds Aériens Bloqués dans le Monde
Les fonds aériens bloqués ne sont pas un problème isolé, mais un enjeu récurrent dans plusieurs régions, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. À la fin de 2025, le montant total immobilisé s’élève à environ 1,2 milliard de dollars américains, avec une concentration alarmante de 89 % de cette somme dans seulement dix pays. Cette situation découle souvent de contraintes économiques locales, comme des pénuries de devises étrangères ou des procédures administratives complexes, qui retardent ou bloquent le transfert des fonds. Pour les compagnies aériennes, qui opèrent avec des marges bénéficiaires étroites et des coûts majoritairement libellés en dollars (comme le carburant, les pièces de rechange et les locations d’avions), ces blocages constituent une menace directe à leur viabilité.
Parmi les pays les plus touchés, l’Algérie émerge comme le leader indésirable avec 307 millions de dollars bloqués. Ce chiffre marque une augmentation significative, attribuée à de nouvelles exigences réglementaires, telles que l’approbation préalable du ministre du Commerce, qui s’ajoutent à des processus déjà lourds. Derrière l’Algérie, on trouve la zone XAF (franc CFA d’Afrique centrale), regroupant des nations comme le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la République du Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon, avec 179 millions de dollars immobilisés. Bien que ce montant ait légèrement diminué par rapport à avril 2025 (de 191 à 179 millions), les défis persistent malgré la soumission de documents par les compagnies.
D’autres pays complètent ce tableau préoccupant : le Liban avec 138 millions, le Mozambique à 91 millions, l’Angola à 81 millions, l’Érythrée à 78 millions, le Zimbabwe à 67 millions, l’Éthiopie et le Pakistan à 54 millions chacun, et le Bangladesh à 32 millions. Ces blocages ne sont pas seulement des chiffres abstraits ; ils impactent directement les économies locales en limitant les investissements dans l’aviation et en freinant la croissance touristique et commerciale.
L’IATA en Première Ligne pour Résoudre les Blocages
Face à cette crise, l’IATA ne reste pas inactive et intensifie ses efforts pour pousser les gouvernements à agir. L’organisation, qui représente plus de 330 compagnies aériennes et 83 % du trafic aérien mondial, appelle à une simplification urgente des procédures de rapatriement. Elle insiste sur la nécessité de respecter les engagements internationaux, tels que ceux inscrits dans les traités bilatéraux, qui garantissent la libre circulation des fonds. Dans un communiqué récent, l’IATA a mis en avant les risques pour la connectivité aérienne, soulignant que sans accès rapide à leurs revenus en dollars, les transporteurs pourraient réduire leurs fréquences de vols, voire suspendre des routes entières.
Willie Walsh, directeur général de l’IATA, a été particulièrement clair sur le sujet. Il a déclaré que les compagnies ont un besoin vital d’accéder à leurs recettes en devises fortes pour couvrir leurs opérations quotidiennes et maintenir les liens aériens essentiels. Il a ajouté que, malgré les défis politiques liés à l’allocation de devises, les bénéfices à long terme pour l’économie – en termes d’emplois, de tourisme et de commerce – l’emportent largement sur les gains à court terme d’une rétention de fonds. L’IATA encourage ainsi les autorités à prioriser le rapatriement, même en cas de rareté monétaire, et à éliminer les barrières bureaucratiques inutiles.
Pour renforcer sa campagne, l’IATA a lancé une plateforme en ligne dédiée au suivi trimestriel des fonds bloqués. Cette initiative vise à accroître la transparence, en permettant un monitoring pays par pays et en mettant en lumière les progrès – ou les retards – réalisés. Par exemple, dans la zone XAF, l’IATA collabore avec la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour accélérer les validations internes et réduire les arriérés accumulés.
Les Conséquences Économiques et Opérationnelles pour l’Aviation
Les répercussions des fonds aériens bloqués s’étendent bien au-delà des bilans comptables des compagnies. Sur le plan opérationnel, ces immobilisations forcent les transporteurs à chercher des financements alternatifs, souvent plus coûteux, ce qui érode leurs marges déjà minces. Historiquement, des situations similaires ont conduit à des faillites ou à des retraits massifs de marchés, comme observé dans certains pays africains par le passé. Pour l’Algérie, ce leadership dans les blocages pourrait dissuader les investissements étrangers dans le secteur aérien, alors que le pays cherche à développer son tourisme et ses échanges internationaux.
Du point de vue économique plus large, l’aviation joue un rôle pivot dans la croissance globale. Selon des études de l’IATA, chaque dollar investi dans le transport aérien génère des retombées multiples dans l’économie, via l’emploi direct (pilotes, personnel au sol) et indirect (hôtellerie, logistique). En bloquant ces fonds, les gouvernements risquent de compromettre ces avantages, particulièrement dans des régions en développement où l’aviation est un levier clé pour l’intégration régionale et mondiale.
En Algérie, les compagnies étrangères comme Air France, Lufthansa ou Turkish Airlines, qui opèrent des vols réguliers vers Alger et d’autres villes, sont directement affectées. Ces blocages pourraient entraîner une hausse des tarifs aériens pour compenser les pertes, rendant les voyages plus onéreux pour les citoyens et les entreprises. De plus, avec la reprise post-pandémique du trafic aérien, qui a vu une augmentation de 10 % des passagers internationaux en 2025 selon les données IATA, maintenir une fluidité financière est crucial pour soutenir cette croissance.
Vers une Amélioration des Pratiques Gouvernementales ?
Les appels de l’IATA soulignent l’urgence d’une réforme. Dans des pays comme l’Angola ou l’Éthiopie, des progrès ont été notés par le passé grâce à des dialogues bilatéraux, mais la persistance des blocages indique que des mesures plus structurelles sont nécessaires. L’organisation propose des solutions concrètes, telles que l’automatisation des approbations ou la création de guichets uniques pour les transferts de devises, afin de réduire les délais qui peuvent s’étendre sur des mois, voire des années.
Au final, la résolution de ces fonds aériens bloqués dépendra de la volonté politique. Tandis que l’IATA continue de monitorer et d’exercer une pression diplomatique, les acteurs du secteur espèrent que 2026 marquera un tournant, avec des libérations massives de fonds pour relancer pleinement l’aviation internationale. Les enjeux sont élevés, et les retards actuels pourraient avoir des effets durables sur la compétitivité des marchés concernés.









