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Malgré la guerre commerciale avec les États-Unis, les exportations chinoises inondent toujours le monde en 2026

En janvier 2026, les douanes chinoises ont confirmé ce que beaucoup redoutaient : en 2025, la Chine a enregistré un surplus commercial record de 1,19 à 1,2 trillion de dollars, en hausse de 20 % par rapport à 2024. Les exportations ont progressé de 5,5 % pour atteindre environ 3,8 trillions de dollars, tandis que les importations sont restées quasi stables. Malgré les hausses massives de tarifs douaniers imposées par l’administration Trump dès le début de l’année 2025, Pékin n’a pas seulement résisté : il a redirigé son flux commercial vers le reste du monde avec une efficacité remarquable.

Ce qui était encore une tendance émergente en septembre 2025 – quand GEO.fr évoquait déjà un « inondation » des marchés émergents – est devenu un phénomène structurel en 2026. Les entreprises chinoises, confrontées à un marché américain de plus en plus hostile (exportations vers les États-Unis en baisse de 20 %), ont massivement pivoté vers l’Afrique (+25,8 %), l’ASEAN (+13,4 %), l’Amérique latine (+7,3 %) et l’Union européenne (+8,4 %). Résultat : des produits chinois à bas prix, des véhicules électriques aux vêtements en passant par les composants électroniques, envahissent les étals et les usines du Sud global, provoquant des réactions protectionnistes en chaîne.

La guerre commerciale version 2025-2026 : un échec stratégique américain ?

Dès février 2025, Donald Trump a activé l’IEEPA pour imposer des tarifs de 10 % sur la Chine, rapidement portés à 20 %, puis à des pics bien plus élevés sur certains secteurs. L’objectif affiché était clair : réindustrialiser les États-Unis, réduire le déficit commercial et affaiblir la capacité chinoise à financer sa montée en puissance technologique et militaire.

Les chiffres de 2025 montrent que cet objectif a partiellement échoué. Les exportations chinoises vers les États-Unis ont effectivement chuté de 20 %, mais le surplus global a explosé. La dépréciation du yuan, les subventions massives aux secteurs stratégiques (véhicules électriques, batteries, semi-conducteurs) et la capacité des entreprises chinoises à trouver de nouveaux débouchés ont neutralisé une grande partie de la pression américaine.

Pire pour Washington : cette redirection a renforcé l’influence chinoise dans des régions traditionnellement dans l’orbite américaine, notamment en Amérique latine et en Afrique. Le « China Shock 2.0 » est désormais une réalité documentée par le US-China Economic and Security Review Commission : surproduction domestique + faible demande intérieure = inondation des marchés tiers.

Les véhicules électriques chinois : le fer de lance de l’expansion

Le secteur qui illustre le mieux ce phénomène est celui des véhicules électriques (VE). En 2025, les exportations chinoises de VE ont atteint près de 70 milliards de dollars, en hausse de plus de 40 % par rapport à 2024 selon Ember. BYD, NIO, XPeng et d’autres ont expédié plus de 3,4 millions d’unités à l’international, soit +70 % en un an.

En Amérique latine, le phénomène est spectaculaire :
– Au Mexique, les importations de VE chinois ont bondi de 175 % en 2025.
– Au Brésil, BYD a ouvert une usine et les modèles chinois représentent déjà une part significative du marché.
– En Argentine, les importations de e-commerce (dont beaucoup de pièces et accessoires auto) ont explosé de 237 % en octobre 2025 par rapport à l’année précédente.

Face à cette déferlante, Mexico a franchi le pas en janvier 2026 : tarifs allant jusqu’à 50 % sur plus de 1 400 produits chinois (voitures, pièces auto, acier, jouets, meubles, vêtements). Le Brésil et le Chili ont également durci leurs mesures, notamment sur les petites colis e-commerce (suppression ou réduction des franchises de minimis).

Amérique latine : entre dépendance et exaspération

Le Mexique illustre parfaitement le dilemme. Son déficit commercial avec la Chine a atteint 101 milliards de dollars sur les dix premiers mois de 2025. Les produits chinois inondent les marchés locaux à des prix imbattables, menaçant les 325 000 emplois du secteur automobile national. Pourtant, le Mexique reste très dépendant des investissements chinois dans les batteries et les composants pour alimenter ses exportations vers les États-Unis via l’USMCA.

Au Brésil, la situation est similaire : les fabricants locaux de voitures et d’électroménager crient à la concurrence déloyale. Le gouvernement a commencé à éliminer les exemptions fiscales sur les petits colis chinois tout en négociant avec Pékin pour que BYD et d’autres produisent localement. En Argentine, plusieurs usines textiles et de biens de consommation ont fermé leurs portes face à l’arrivée massive de produits à bas prix.

Asie du Sud-Est et Inde : la pression monte

En Indonésie, des vidéos virales montrant des vendeurs chinois proposant des jeans à 80 cents ont poussé le ministre du Commerce à annoncer un suivi renforcé en 2025. Le pays, déjà confronté à une concurrence chinoise dans le textile et l’électronique, redoute un effet domino.

En Inde, le déficit commercial avec la Chine a atteint un record de 99 milliards de dollars en 2025. New Delhi a multiplié les enquêtes antidumping (plus de 50 demandes récentes) et durci les normes de certification pour les produits électroniques et automobiles chinois.

L’ASEAN dans son ensemble reste le premier partenaire commercial de la Chine hors États-Unis. Mais même ici, des voix s’élèvent : la Malaisie et le Vietnam, qui bénéficient pourtant de la délocalisation de chaînes d’approvisionnement chinoises, commencent à craindre une dépendance excessive.

Afrique : le nouveau eldorado chinois

Les exportations vers l’Afrique ont progressé de 25,8 % en 2025, approchant parfois des records annuels. Des pays comme le Nigeria, l’Éthiopie ou le Kenya voient arriver des VE, des panneaux solaires, des téléphones et des biens de consommation à des prix qui rendent la concurrence locale presque impossible.

Pékin y gagne doublement : il écoule sa surproduction et renforce son influence via la dette, les infrastructures (Belt and Road) et les partenariats politiques. Plusieurs gouvernements africains hésitent à imposer des barrières tarifaires de peur de perdre l’accès aux financements chinois.

Europe : entre protectionnisme et dépendance

L’Union européenne a vu ses importations chinoises progresser de 8,4 % en 2025. Les VE chinois ont doublé leur part de marché dans plusieurs pays. Face à cela, Bruxelles a maintenu ses droits compensateurs sur les batteries et véhicules électriques, mais certains États membres (Allemagne en tête) restent réticents à durcir davantage par crainte de représailles sur leurs exportations automobiles.

Le paradoxe européen est flagrant : d’un côté, on dénonce la concurrence déloyale et les surcapacités chinoises ; de l’autre, on continue d’acheter massivement des composants et des produits finis chinois pour maintenir la compétitivité de l’industrie verte européenne.

Les racines profondes du phénomène : surcapacité et faiblesse de la demande intérieure

Derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité moins reluisante pour la Chine. La demande intérieure reste atone : immobilier en crise, consommation des ménages faible, profits industriels en baisse dans plusieurs secteurs (–1,7 % sur les sept premiers mois de 2025 selon les données antérieures actualisées). Xi Jinping a beau appeler à une « nouvelle qualité de productivité » et à réduire la surcapacité, les entreprises subventionnées continuent de produire à plein régime et de chercher des débouchés à l’étranger pour maintenir les emplois et les recettes fiscales locales.

Le modèle exportateur chinois, loin d’être un signe de force irrésistible, révèle aussi une vulnérabilité structurelle : dépendance aux marchés extérieurs et exposition accrue aux chocs protectionnistes mondiaux.

Vers une fragmentation accrue du commerce mondial ?

En ce début 2026, le monde semble entrer dans une nouvelle phase de « démondialisation sélective ». Les pays du Sud, autrefois favorables à un commerce libre avec la Chine, multiplient les mesures défensives. L’Inde, le Brésil, le Mexique, l’Indonésie et d’autres envisagent ou appliquent déjà des tarifs, des quotas ou des normes techniques plus strictes.

Les États-Unis, de leur côté, continuent de pousser leurs alliés à adopter des approches similaires, tout en négociant des accords bilatéraux (USMCA, accords avec l’Inde, etc.) pour contourner ou atténuer les effets de leur propre politique tarifaire.

La Chine, quant à elle, poursuit sa stratégie de diversification : accords de libre-échange avec l’ASEAN, investissements dans les ports africains, implantation d’usines locales en Amérique latine, développement de routes commerciales alternatives (voie maritime arctique, corridors terrestres eurasiatiques).

Le résultat est un commerce mondial plus fragmenté, plus politisé, où les chaînes d’approvisionnement se régionalisent et où la logique géopolitique l’emporte souvent sur la logique économique pure.

Les exportations chinoises n’ont pas seulement survécu à la guerre commerciale : elles l’ont transformée en une reconfiguration profonde des flux mondiaux. En 2026, le monde apprend à vivre – et parfois à se protéger – face à cette nouvelle réalité industrielle chinoise qui, loin de s’essouffler, continue de redessiner les cartes du commerce international.