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Le Guyana, du modeste État amazonien au nouveau géant du pétrole mondial en 2025

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géant du pétrole mondial

En cette année 2025, le Guyana achève une métamorphose économique aussi spectaculaire qu’inespérée. Ce petit pays d’Amérique du Sud, peuplé d’environ 800 000 habitants et longtemps considéré comme l’un des plus pauvres de l’hémisphère, s’est imposé comme l’un des acteurs énergétiques mondiaux dont la croissance est la plus rapide. Son ascension fulgurante, portée par des découvertes pétrolières offshore majeures, redessine non seulement son avenir mais aussi les équilibres énergétiques régionaux et internationaux.

Une croissance économique hors norme dopée par l’or noir

Les chiffres de la croissance guyanaise défient toute comparaison. Depuis 2022, le pays affiche le taux de croissance du PIB réel le plus élevé au monde, avec une moyenne annuelle avoisinant les 47% selon le Fonds Monétaire International (FMI). Cette performance exceptionnelle est directement alimentée par l’explosion de sa production pétrolière.

En 2025, la production quotidienne a atteint un nouveau record de 900 000 barils par jour, un seuil symbolique franchi grâce à la mise en service à plein régime du projet Yellowtail, la quatrième exploitation du bloc pétrolier offshore de Stabroek. À titre de comparaison, la production était d’environ 120 000 barils par jour en 2020. Le consortium mené par ExxonMobil, opérateur historique, vise désormais une capacité de production de 1,7 million de barils par jour d’ici 2030, ce qui propulserait le Guyana au rang de deuxième producteur d’Amérique du Sud, derrière le Brésil.

Cette manne pétrolière, provenant de réserves récupérables estimées à environ 11 milliards de barils dans le seul bloc Stabroek, transforme radicalement les finances publiques. Les revenus pétroliers de l’État ont atteint environ 2,5 milliards de dollars en 2025, alimentant un Fonds souverain des ressources naturelles dont la valeur dépasse les 3 milliards de dollars.

Les piliers de la réussite : rapidité d’exécution et cadre stable

La vitesse à laquelle le Guyana est passé de la découverte à la production intensive est un cas d’école. Alors qu’il faut habituellement sept à dix ans pour développer un champ pétrolier offshore, le Guyana a produit son premier baril commercial seulement quatre ans après la découverte initiale de Liza en 2015. Cette rapidité d’exécution s’explique par plusieurs facteurs.

D’une part, la qualité du pétrole, léger et à faible teneur en soufre, le rend particulièrement attractif sur le marché mondial. D’autre part, les coûts de production restent compétitifs, avec un seuil de rentabilité situé entre 25 et 32 dollars le baril pour les principaux gisements. Enfin, un cadre réglementaire stable et prévisible a permis d’attirer et de retenir les investissements massifs des majors, notamment à travers un partenariat étroit entre le gouvernement et le consortium ExxonMobil-Hess-CNOOC.

La récente acquisition de Hess par le géant américain Chevron pour environ 60 milliards de dollars a par ailleurs renforcé l’importance stratégique du Guyana pour la sécurité énergétique des États-Unis, sécurisant un approvisionnement proche et hors des quotas de l’OPEP+.

Transformer la richesse en développement national : infrastructures et énergie

Conscient du risque de « malédiction des ressources », le gouvernement guyanais s’efforce de réinvestir les revenus pétroliers dans des projets structurants pour l’ensemble de la population.

  • Infrastructures : Le pays connaît un boom de la construction sans précédent. Des projets phares comme le nouveau pont sur le fleuve Demerara et la modernisation du réseau routier national sont en cours, financés par les recettes pétrolières. Ces chantiers créent des milliers d’emplois et visent à désenclaver les régions et stimuler l’activité économique.
  • Énergie abordable : Le projet « Gaz-à-l’Énergie » est peut-être la transformation la plus attendue. Il consiste à construire un pipeline sous-marin de 225 km pour acheminer le gaz associé aux champs pétroliers vers une centrale électrique sur la côte. Opérationnel fin 2025 ou début 2026, ce projet promet de réduire de moitié le coût de l’électricité et de mettre fin aux coupures de courant chroniques, un frein historique au développement des entreprises.
  • Capital humain : Pour préparer l’après-pétrole, le pays investit massivement dans l’éducation. L’Université du Guyana offre désormais la gratuité des frais de scolarité pour les premiers cycles, financée par les revenus pétroliers. Des programmes de bourses et de formations techniques se multiplient pour doter la population des compétences nécessaires à une économie diversifiée.

Défis et tensions : la face cachée du miracle pétrolier

L’embellie économique ne doit pas occulter d’importants défis, à la fois sociaux, géopolitiques et environnementaux.

Sur le plan social, près de la moitié des Guyaniens vivaient encore avec moins de 5,50 dollars par jour récemment. L’afflux soudain de capitaux a provoqué une inflation significative, notamment sur les prix des loyers et de l’alimentation, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes. Pour y remédier, le gouvernement applique une politique de contenu local stricte, exigeant que plus de la moitié des emplois du secteur et un maximum de contrats soient attribués à des nationaux ou des entreprises locales.

Sur le plan géopolitique, une tension persiste avec le Venezuela, qui revendique la région de l’Essequibo, vaste territoire représentant les deux tiers de la superficie du Guyana et dont les eaux territoriales adjacentes recèlent une part significative des réserves pétrolières. Cette revendication historique reste une source d’instabilité potentielle dans la région.

Sur le plan environnemental, le paradoxe est profond. Le Guyana, dont le territoire est couvert à près de 90% par une forêt tropicale qui en fait un « puits de carbone », mise son développement sur les énergies fossiles. Le pays argue de son droit au développement et de son bilan carbone globalement positif, mais cette stratégie est critiquée au niveau international. De plus, l’exploitation offshore présente des risques écologiques majeurs, notamment celui d’une marée noire dans une zone aux écosystèmes marins sensibles et aux courants complexes. Les côtes basses et peuplées du pays le rendent aussi extrêmement vulnérable à l’élévation du niveau de la mer, un phénomène accentué par le changement climatique.

Diversification et avenir : au-delà du pétrole

Si le pétrole domine le paysage, les autorités insistent sur la nécessité de diversifier l’économie. Les secteurs non-pétroliers affichent une croissance robuste, de l’ordre de 13.8% au premier semestre 2025, portés par l’agriculture, le tourisme et les services. Cette croissance « large » est essentielle pour bâtir une prospérité durable et résiliente face à la volatilité des cours des matières premières.

La voie choisie par le Guyana en 2025 est donc étroite. Elle consiste à capitaliser sur la fenêtre d’opportunité offerte par le pétrole pour générer des ressources financières colossales, tout en les investissant immédiatement dans les infrastructures, l’énergie propre (via le gaz) et le capital humain, avec l’ambition de construire les fondations d’une économie moderne et diversifiée avant l’épuisement de la ressource.

Le pari est audacieux. Son succès dépendra de la capacité du pays à gérer la pression inflationniste, à garantir une répartition équitable des richesses, à naviguer dans un environnement géopolitique régional délicat et à minimiser l’impact environnemental de son industrie phare. L’année 2025 restera sans doute dans l’histoire comme le moment où ce petit pays a définitivement basculé dans une nouvelle ère, avec tous les espoirs et tous les périls que cela comporte.