En cette fin d’année 2025, l’Iran est le théâtre d’un mouvement social des commerçants qui secoue profondément le régime en place. Déclenchées par une crise économique sans précédent, ces manifestations ont débuté au cœur du Grand Bazar de Téhéran et se sont rapidement propagées à d’autres villes comme Mashhad, Ispahan et Kermanshah. Les commerçants, traditionnellement considérés comme un pilier de l’économie iranienne, ont fermé leurs boutiques en masse, exprimant leur ras-le-bol face à la dévaluation du rial, l’inflation galopante et les politiques gouvernementales perçues comme destructrices. Ce mouvement social des commerçants en Iran n’est pas seulement une protestation économique ; il porte en germe un défi politique majeur au pouvoir clérical.
Les origines de cette mobilisation remontent à plusieurs mois de tensions accumulées. Depuis le début de 2025, le rial iranien a perdu près de la moitié de sa valeur face au dollar américain, atteignant des records historiques à plus de 1,4 million de rials pour un dollar. Cette dégringolade monétaire a été exacerbée par des sanctions internationales persistantes, une gestion économique chaotique et des investissements massifs du régime dans des projets militaires et des conflits régionaux, au détriment des besoins internes. Les commerçants du bazar, qui dépendent largement des importations pour leurs stocks, se retrouvent incapables de fixer des prix stables ou de renouveler leurs marchandises. « Chaque transaction est une perte, chaque jour un pas en arrière », confient des marchands anonymes dans des vidéos circulant sur les réseaux sociaux. L’inflation officielle dépasse les 52 %, avec des hausses de prix alimentaires atteignant 66 % en un an, rendant la vie quotidienne insupportable pour des millions d’Iraniens.
Le rôle central du Grand Bazar dans le mouvement social commerçants Iran
Le Grand Bazar de Téhéran, véritable poumon économique du pays, est devenu l’épicentre de ce mouvement social commerçants Iran. Dès le 28 décembre 2025, des centaines de boutiques ont baissé leurs rideaux, transformant les allées animées en zones désertées mais chargées de tension. Les protestataires ont scandé des slogans comme « Ne craignez rien, nous sommes tous ensemble » ou « Le commerçant mourra mais n’acceptera pas l’humiliation », encourageant d’autres secteurs à rejoindre la grève. Ce n’est pas la première fois que le bazar joue un rôle pivotal : en 1979, les grèves des marchands avaient contribué à la chute de la monarchie Pahlavi. Aujourd’hui, cette mobilisation rappelle ces événements historiques, mais avec une nuance : les commerçants, autrefois alliés conservateurs du régime islamique, se retournent contre lui, accusant les autorités de sacrifier l’économie au profit de missiles et de dépenses sécuritaires.
Au fil des jours, le mouvement s’est étendu. Le 29 décembre, les grèves ont paralysé des quartiers entiers de Téhéran, comme Alaeddin Passage, Charsou Commercial Complex et Shush Bazaar. Des vidéos montrent des foules marchant dans les rues, appelant à la solidarité. Le 30 décembre, les universités ont rejoint le front : des étudiants de l’Université de Téhéran, Sharif, Amirkabir et d’autres établissements ont organisé des marches, scandant « Mort au dictateur » et « Tant d’années de crimes, mort à cette velayat ». Cette alliance entre commerçants, étudiants et citoyens ordinaires marque une escalade significative, transformant une protestation économique en un appel plus large à un changement de régime.
Les causes profondes et les réactions du pouvoir
Derrière ce mouvement social des commerçants en Iran se cachent des facteurs structurels. Le régime, confronté à une crise énergétique chronique et à une pollution mortelle, n’a offert que des réponses répressives. Le gouverneur de la banque centrale, Mohammad Reza Farzin, a démissionné au milieu des troubles, remplacé par Abdolnaser Hemmati dans une tentative de calmer les marchés. Le président Masoud Pezeshkian a reconnu les « demandes légitimes » des protestataires et proposé un dialogue, mais sur le terrain, les forces de sécurité – y compris la police anti-émeute et les agents en civil – ont déployé des gaz lacrymogènes, procédé à des arrestations massives et même utilisé des tirs à balles réelles dans certains cas. Au moins cinq étudiants ont été arrêtés à Téhéran, et des blessés graves ont été signalés.
Internationalement, ce soulèvement attire l’attention. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que tout changement en Iran doit venir de l’intérieur, tandis que l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo a blâmé le régime pour avoir ruiné un pays potentiellement prospère par son extrémisme. Des figures de l’opposition en exil, comme Maryam Rajavi du Conseil national de la résistance iranienne, saluent les commerçants et appellent à une résistance accrue contre la corruption et la discrimination systémique.
Impacts sur l’économie et la société iranienne
Les conséquences de ce mouvement social des commerçants en Iran sont déjà palpables. Les grèves ont stoppé le commerce dans des secteurs clés comme l’or, les téléphones mobiles et les biens de consommation, aggravant la récession. Les marchés noirs fleurissent, et les files d’attente pour les biens essentiels s’allongent. Socialement, cette mobilisation transcende les classes : des retraités, des ouvriers industriels et même des enfants travailleurs rejoignent les cortèges, unis par un sentiment d’injustice. Des slogans comme « Ni Gaza ni Liban, ma vie pour l’Iran » rejettent les priorités étrangères du régime, priorisant les besoins nationaux.
Malgré la répression, les protestataires persistent. Le 31 décembre, des rapports indiquent que les grèves se propagent à Dehloran et d’autres régions occidentales, avec des marchands appelant à une unité nationale. Cette dynamique pourrait évoluer en une contestation plus large, rappelant les soulèvements de 2022-2023 après la mort de Mahsa Amini. Les observateurs notent que la perte de soutien des bazaaris – historiquement conservateurs – érode la légitimité idéologique et économique du régime.
En somme, ce soulèvement met en lumière les failles d’un système miné par la corruption et l’isolement international. Les commerçants, en fermant leurs portes, ouvrent une brèche dans le mur de la peur, invitant l’ensemble de la société à réclamer un avenir meilleur. Alors que l’année 2025 s’achève, l’Iran semble au bord d’un tournant décisif, où les voix du bazar pourraient bien résonner au-delà des frontières.









