En Algérie, l’actualité judiciaire a récemment mis en lumière le placement en détention provisoire de Charaf-Eddine Amara, une figure connue dans les sphères économiques et sportives du pays. Cette mesure, prise le 21 décembre 2025 par le juge d’instruction du pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed à Alger, intervient dans le cadre d’une enquête sur des faits présumés de corruption. Charaf-Eddine Amara, qui a occupé des postes clés comme PDG de la holding publique Madar et président de la Fédération algérienne de football (FAF), se retrouve au cœur d’un dossier sensible impliquant des partenariats internationaux. Cette affaire, souvent qualifiée de « mafia du tabac » par certains médias, soulève des questions sur la gouvernance des entreprises publiques et les flux financiers transfrontaliers.
Les premiers éléments de l’enquête remontent à novembre 2025, lorsque la Direction centrale de lutte contre le crime organisé a lancé des investigations approfondies. Selon les informations disponibles, l’affaire porte principalement sur des irrégularités liées à la Société de tabac algéro-émiratie (STAEM ou SPA Steam), une entité née d’un partenariat entre l’Algérie et les Émirats arabes unis. Ce projet visait à développer l’industrie du tabac en Algérie, mais il est désormais entaché d’allégations sérieuses. Les autorités judiciaires ont procédé à plusieurs auditions, aboutissant à la mise en cause de multiples acteurs.
Contexte de l’Affaire du Tabac en Algérie
L’industrie du tabac en Algérie représente un secteur stratégique, avec des implications économiques importantes dues à la fiscalité élevée et aux volumes de production. La STAEM, créée en partenariat avec une société émiratie, avait pour objectif de moderniser la production et de réduire les importations illégales. Cependant, des soupçons de malversations ont émergé, portant sur des contrats potentiellement surévalués et des transferts de fonds non justifiés. Des sources judiciaires indiquent que l’enquête a été déclenchée par des signalements internes et des audits qui ont révélé des anomalies dans la gestion financière.
Madar Holding, sous la direction de Charaf-Eddine Amara jusqu’à son limogeage le 14 octobre 2025, jouait un rôle central dans ce partenariat en tant que représentant de l’État algérien. Cette holding publique gère divers actifs industriels, y compris dans les secteurs agroalimentaire et manufacturier. L’éviction d’Amara de son poste de PDG a précédé de peu les développements judiciaires, suggérant un lien possible entre des évaluations internes et l’action de la justice. Des rapports médiatiques soulignent que cette affaire s’inscrit dans une vague plus large de lutte contre la corruption en Algérie, avec plusieurs dossiers similaires impliquant des hauts responsables.
Parmi les éléments factuels, on note que plusieurs personnes ont été placées en détention dans le cadre de cette enquête. Par exemple, le principal actionnaire de la STAEM, identifié par les initiales M.A., a également été incarcéré, ainsi que d’autres dirigeants de l’entreprise. Ces mesures, prises en septembre 2025 pour certains, indiquent une enquête étendue couvrant plusieurs mois. Les autorités n’ont pas communiqué publiquement sur les montants exacts impliqués, mais des estimations circulent dans la presse, évoquant des sommes substantielles transférées vers les Émirats arabes unis.
Les Accusations Liées à la Détention Provisoire de Charaf-Eddine Amara
La détention provisoire de Charaf-Eddine Amara repose sur des chefs d’accusation graves, incluant la corruption, le transfert illicite de fonds et le blanchiment d’argent. Selon les détails rapportés par divers médias, ces allégations portent sur des opérations financières suspectes au sein de la STAEM, telles que l’acquisition frauduleuse de biens immobiliers dans des quartiers huppés d’Alger et des détournements de fonds publics. Amara est soupçonné d’avoir abusé de sa position pour favoriser des intérêts privés, potentiellement au détriment des intérêts de l’État.
D’autres aspects de l’enquête concernent des contrats industriels, comme ceux liés au complexe sidérurgique d’El Hadjar, où le nom d’Amara apparaît également. Bien que les détails précis restent confidentiels en raison du secret de l’instruction, des sources judiciaires décrivent le dossier comme « lourd et sensible », nécessitant des expertises approfondies. Il est important de noter que, à ce stade, ces accusations restent présumées, et Amara bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à un jugement définitif.
Par ailleurs, cette affaire n’est pas isolée pour Amara. Il est également cité dans une autre enquête relative à la gouvernance de la FAF, où trois anciens présidents – dont Kheireddine Zetchi et Djahid Zefizef – sont impliqués pour des faits possibles de corruption. En novembre 2024, Amara et Zefizef avaient été laissés en liberté provisoire, tandis que Zetchi avait été incarcéré. Ces liens multiples soulignent une surveillance accrue sur les figures ayant occupé des postes de responsabilité publique.
Implications Économiques et Institutionnelles
Sur le plan économique, cette affaire met en exergue les défis des partenariats public-privé en Algérie, particulièrement avec des investisseurs étrangers. Le secteur du tabac, générateur de revenus fiscaux importants, pourrait voir sa réputation entachée, impactant potentiellement les investissements futurs. Des observateurs notent que de telles enquêtes contribuent à renforcer la transparence, mais elles pourraient aussi freiner les initiatives entrepreneuriales si elles sont perçues comme sélectives.
Institutionnellement, le placement en détention d’un ancien dirigeant de Madar Holding interroge les mécanismes de contrôle au sein des entreprises d’État. Madar, en tant que holding détenue à 100% par l’État, gère des actifs cruciaux pour l’économie nationale. L’affaire pourrait entraîner des réformes internes, comme des audits renforcés ou des nominations plus scrutinisées, afin d’éviter des dérives similaires à l’avenir.
Dans le contexte plus large de la lutte contre la corruption en Algérie, cette procédure s’aligne sur d’autres dossiers récents impliquant des hauts fonctionnaires. Elle reflète une volonté des autorités de poursuivre les infractions économiques, indépendamment du statut des personnes concernées. Cependant, certains commentateurs soulignent la nécessité d’une approche équilibrée pour ne pas décourager les investissements étrangers essentiels à la diversification économique.
Liens avec le Secteur Sportif Algérien
Charaf-Eddine Amara n’est pas seulement un acteur économique ; son passage à la tête de la FAF de 2021 à 2022 l’a placé au centre du football algérien. Il avait succédé à Kheireddine Zetchi et démissionné après l’échec des barrages pour la Coupe du monde 2022. Avant cela, il présidait le conseil d’administration du CR Belouizdad depuis 2018, suite à l’acquisition majoritaire par Madar Holding.
L’affaire actuelle, bien que principalement économique, jette une ombre sur son héritage sportif. Des critiques antérieures portaient sur son manque d’expérience en gestion footballistique, et les enquêtes en cours pourraient révéler des connexions entre ses rôles économique et sportif. Par exemple, des soupçons existent sur des contrats passés pendant son mandat à la FAF, bien que distincts de l’affaire du tabac.
Cette situation affecte potentiellement la confiance dans les institutions sportives algériennes, déjà secouées par des scandales similaires. Avec la Coupe d’Afrique des Nations 2025 en cours, l’actualité judiciaire pourrait influencer le moral des acteurs du football national, même si aucun lien direct n’est établi avec les compétitions actuelles.
Au-delà des faits judiciaires, cette affaire invite à une réflexion sur la rotation des élites en Algérie, où des personnalités transitent entre secteurs public, économique et associatif. Elle met en évidence les risques inhérents à de telles trajectoires, tout en soulignant l’importance d’une justice indépendante pour maintenir l’équilibre sociétal.









