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Ralentissement Internet en Algérie : Les Explications du Ministre Zerrouki Sous le Feu des Critiques

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Depuis le début de l’année 2026, de nombreux Algériens font face à un ralentissement internet notable, avec des vitesses de connexion en baisse, une latence accrue et des interruptions fréquentes. Ce phénomène, qui touche des millions d’utilisateurs, a suscité une vague de mécontentement sur les réseaux sociaux et auprès des abonnés d’Algérie Télécom. Le ministre des Postes et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, est intervenu lors d’une session à l’Assemblée populaire nationale (APN) le 16 janvier 2026, pour éclaircir la situation. Selon lui, les coupables ne sont pas à chercher du côté des opérateurs locaux, mais chez les fournisseurs d’interconnexion internationaux. Une explication qui, bien que factuelle, soulève des questions sur la dépendance de l’Algérie vis-à-vis de partenaires étrangers et sur les mesures prises pour anticiper de tels incidents.

Ce ralentissement internet en Algérie n’est pas un cas isolé, mais il intervient à un moment où le pays mise sur le numérique pour booster son économie. Les plaintes des internautes se multiplient : télétravail perturbé, streaming saccadé, et même des impacts sur l’éducation en ligne. Zerrouki a insisté sur la robustesse de l’infrastructure nationale, affirmant que l’Algérie dispose désormais des capacités nécessaires pour un internet de qualité. Il a rappelé l’évolution impressionnante de la bande passante internationale, passée de 1,5 Tbit/s en 2020 à plus de 12 Tbit/s aujourd’hui. Pourtant, cette croissance spectaculaire n’a pas empêché les dysfonctionnements actuels, ce qui interroge sur l’efficacité réelle de ces investissements.

Les Causes du Ralentissement Internet en Algérie : Défaillances Étrangères ou Manque de Prévision ?

D’après les déclarations du ministre, les perturbations proviennent exclusivement de pannes techniques chez les transitaires internationaux, ces intermédiaires qui assurent la connexion entre le réseau algérien et le reste du monde. Zerrouki a souligné que, malgré une infrastructure domestique solide, l’Algérie reste tributaire de ces acteurs étrangers pour l’accès global. Il a même annoncé avoir obtenu des garanties formelles de leur part pour une résolution rapide, avec une restauration progressive des services attendue d’ici la fin de la semaine suivante. Ces assurances, bien que rassurantes sur le papier, méritent une analyse critique. En effet, si les fournisseurs étrangers sont en faute, pourquoi n’y a-t-il pas eu de plans de contingence plus robustes ? L’Algérie, en tant que pays émergent dans le domaine numérique, devrait-elle diversifier ses partenariats pour éviter de telles vulnérabilités ?

Critiquer cette position n’est pas synonyme de nier les faits. Les incidents techniques chez les transitaires ne sont pas rares dans le monde interconnecté d’aujourd’hui, où des câbles sous-marins endommagés ou des surcharge de trafic peuvent causer des ralentissements globaux. Cependant, en Algérie, où l’accès à internet est déjà perçu comme inégal – avec des disparités entre zones urbaines et rurales – ces explications risquent de passer pour des excuses commodes. Les utilisateurs se demandent légitimement si le gouvernement n’aurait pas pu anticiper ces risques en renforçant les accords contractuels ou en investissant dans des routes alternatives. De plus, la communication autour de ces incidents a été tardive : il a fallu attendre une interpellation à l’APN pour que des détails émergent, laissant les abonnés dans l’incertitude pendant des jours.

Les Projets d’Amélioration : Vers un Internet Plus Fiable en Algérie ?

Au-delà des causes immédiates, Zerrouki a esquissé une vision plus large pour l’avenir du numérique en Algérie. Il a évoqué un ambitieux programme d’extension de la fibre optique (FTTH) à l’échelle nationale, visant à connecter les zones résidentielles reculées d’ici début 2027. Ce projet, s’il est réalisé, pourrait transformer l’accès internet en rendant les connexions ultra-rapides accessibles à tous, y compris dans les régions économiques en développement. L’objectif est clair : booster la compétitivité des hubs d’activité et réduire la fracture numérique. Par ailleurs, le ministre a rappelé aux opérateurs de téléphonie mobile leurs obligations contractuelles pour améliorer la couverture le long des axes routiers nationaux, où les zones blanches persistent malgré les avancées technologiques.

Ces annonces sont louables, mais elles soulèvent des doutes légitimes. Historiquement, les projets infrastructurels en Algérie ont souvent souffert de retards dus à des contraintes budgétaires, des problèmes logistiques ou des changements politiques. Par exemple, l’augmentation de la bande passante internationale est un succès indéniable, mais elle n’a pas suffi à prévenir le ralentissement actuel. Les critiques pointent du doigt un manque de transparence dans la mise en œuvre : combien de foyers seront réellement connectés d’ici 2027 ? Quelles sanctions pour les opérateurs mobiles qui ne respectent pas leurs engagements ? Sans indicateurs clairs et un suivi public, ces promesses risquent de rester lettre morte, frustrant davantage une population de plus en plus dépendante d’internet pour le quotidien.

Impact Économique et Social du Ralentissement Internet en Algérie

Les conséquences de ce ralentissement internet en Algérie vont bien au-delà des frustrations individuelles. Sur le plan économique, les entreprises, particulièrement les startups et les secteurs du e-commerce, subissent des pertes directes. Un internet lent entrave les transactions en ligne, les visioconférences et même les chaînes d’approvisionnement numériques. Dans un pays où le taux de chômage des jeunes est élevé, le numérique représente une opportunité majeure pour l’emploi et l’innovation. Or, ces perturbations freinent l’essor de l’économie digitale, renforçant la dépendance aux secteurs traditionnels comme les hydrocarbures.

Socialement, l’impact est tout aussi profond. Avec la pandémie qui a accéléré la transition vers l’enseignement en ligne et le télétravail, un internet défaillant exclut une partie de la population. Les étudiants en zones rurales, déjà désavantagés, peinent à suivre les cours virtuels, creusant les inégalités éducatives. De plus, les réseaux sociaux, vitrine de l’expression citoyenne en Algérie, deviennent moins accessibles, limitant les débats publics et la diffusion d’informations. Zerrouki a raison de vanter les capacités nationales, mais sans une stratégie proactive contre les risques externes, ces avancées restent fragiles.

En parallèle, il est intéressant de noter que d’autres pays africains, comme le Maroc ou le Kenya, ont investi dans des infrastructures redondantes pour minimiser les dépendances étrangères. L’Algérie pourrait s’inspirer de ces modèles, en négociant des partenariats plus équilibrés ou en développant ses propres câbles sous-marins. Les associations de consommateurs, quant à elles, appellent à une régulation plus stricte, avec des compensations pour les abonnés affectés. Sans une réponse ferme, le risque est que la confiance dans les institutions numériques s’érode, décourageant les investissements étrangers dans le secteur tech.

Les défis posés par ce ralentissement mettent en lumière la nécessité d’une gouvernance numérique plus résiliente. Tandis que Zerrouki assure une résolution imminente, les Algériens attendent des actes concrets pour que l’internet ne soit plus un luxe intermittent, mais un droit fiable et accessible.