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Diaspora et milliards de l’informel : L’Algérie face au défi de la monnaie unique

Chaque année, des milliards d’euros échappent aux caisses de l’État pour finir dans les circuits informels. Entre le taux officiel et la réalité du terrain, le fossé se creuse. Décryptage d’un système qui pèse sur le portefeuille des Algériens et les pistes pour s’en sortir.

C’est un secret de polichinelle : pour envoyer de l’argent au pays ou préparer un voyage, le premier réflexe n’est pas de pousser la porte d’une banque, mais de consulter les cours du « Square ». Ce marché parallèle, devenu le véritable baromètre de la valeur du dinar, prive l’économie nationale d’une manne financière indispensable. Mais pourquoi ce système est-il si solide et comment l’Algérie peut-elle enfin reprendre la main ?

Le grand écart : Un choix rationnel avant tout

Si la diaspora et les résidents boudent les guichets bancaires, ce n’est pas par manque de patriotisme, mais par pur calcul économique. Avec un écart de change dépassant parfois les 50% entre le taux officiel et le marché noir, passer par la banque revient à perdre la moitié de son pouvoir d’achat en franchissant la douane.

Tant qu’un euro vaudra 150 dinars à la banque et 240 dinars dans la rue, le circuit informel restera le grand gagnant. Ce manque à gagner pour l’État se chiffre en milliards de dollars, de l’argent qui ne sert ni à financer les hôpitaux, ni à stabiliser l’inflation.

La digitalisation : La fin de l’ère du « cash » ?

L’une des solutions les plus sérieuses réside dans la modernisation de nos paiements. En encourageant le paiement électronique et en limitant l’usage des espèces pour les grosses transactions, l’État réduit l’oxygène du marché noir.

L’anonymat du billet de banque est le carburant de l’informel. Si demain, l’achat d’un véhicule ou d’un terrain doit obligatoirement transiter par un compte bancaire, les sommes astronomiques qui dorment « sous les matelas » seront forcées de réintégrer le circuit légal. Cependant, cela demande une confiance totale du citoyen envers son système bancaire : la certitude de pouvoir disposer de son argent, en dinars ou en devises, sans bureaucratie étouffante.

Un « Taux Diaspora » : La fausse bonne idée ?

Beaucoup proposent de créer un taux de change spécial pour les Algériens vivant à l’étranger. L’idée est simple : leur offrir un taux proche de celui du marché noir pour les inciter à déposer leurs euros dans les banques algériennes en France ou ici.

Si cette solution permettrait de capter des devises rapidement, elle est risquée. Elle créerait une monnaie à deux vitesses et pourrait encourager la spéculation. Les experts préconisent plutôt une unification progressive des taux, accompagnée d’une plus grande liberté de mouvement pour les capitaux.

Les bureaux de change : Le chaînon manquant

L’ouverture prochaine de bureaux de change officiels est un premier pas. Mais pour qu’ils ne restent pas vides, ils devront proposer des prix compétitifs. Un bureau de change qui s’aligne sur le taux officiel n’attirera personne face à un revendeur de rue. La clé réside dans la flexibilité : permettre à ces bureaux de suivre, au moins partiellement, la réalité de l’offre et de la demande.

L’enjeu de la production nationale

Au-delà de la finance, le salut du dinar viendra de l’industrie. Plus l’Algérie produira localement ce qu’elle consomme, moins elle aura besoin de dollars et d’euros pour importer. C’est en réduisant notre dépendance aux achats extérieurs que nous renforcerons naturellement la valeur de notre monnaie nationale.

La bataille contre le marché parallèle ne se gagnera pas uniquement avec des interdictions, mais en offrant aux Algériens, d’ici et d’ailleurs, un système bancaire moderne, transparent et, surtout, plus avantageux que le trottoir d’en face.