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L’accord franco-algérien de 1968 sur la sellette : Paris et Alger s’assoient enfin à la même table

Après des années de tensions et de débats houleux des deux côtés de la Méditerranée, la France et l’Algérie ont officiellement annoncé leur intention de revoir ensemble l’accord bilatéral du 27 décembre 1968, qui encadre depuis plus de cinq décennies les conditions de séjour des ressortissants algériens en France. Une décision qui intervient dans un contexte de rapprochement diplomatique progressif entre les deux pays.

Une rencontre au sommet pour relancer le dialogue

C’est à l’occasion de la visite à Paris du ministre algérien de l’Intérieur Saïd Sayoud que les deux parties ont acté leur volonté commune de faire évoluer cet accord historique. Les discussions avec son homologue français Laurent Nuñez ont porté sur plusieurs sujets : sécurité, criminalité organisée, coopération civile et questions migratoires.

Le président français Emmanuel Macron a pris part à une séance de travail avec le ministre algérien, aux côtés de Laurent Nuñez, de l’ambassadeur de France en Algérie Stéphane Romatet et du chargé d’affaires de l’ambassade d’Algérie à Paris. Les deux pays ont convenu de travailler sur la base de propositions concrètes, à venir à l’initiative de la France, pour faire évoluer le texte de 1968.

Qu’est-ce que l’accord de 1968 ?

Signé six ans après l’indépendance de l’Algérie, cet accord bilatéral définit un cadre spécifique pour les droits de résidence et d’établissement des ressortissants algériens en France, distinct du droit commun applicable aux autres nationalités. Il a déjà été révisé à plusieurs reprises, notamment en 1985, 1994 et 2001.

Un rapport parlementaire français publié en octobre 2025 rappelle que cet accord n’accordait pas, à l’origine, des droits fondamentalement plus étendus que ceux dont bénéficiaient les ressortissants d’autres pays. Avec le temps, cependant, il est devenu un symbole dans le débat politique français sur l’immigration.

Un texte au cœur des tensions politiques françaises

Depuis plusieurs années, l’accord de 1968 fait l’objet de vives discussions au sein de la classe politique française. En novembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté une résolution portée par le Rassemblement national appelant à sa dénonciation pure et simple. Cette initiative n’avait pas de valeur contraignante sur le plan juridique, la politique étrangère relevant en France de l’exécutif.

Du côté algérien, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf avait alors refusé de commenter ce vote, estimant qu’il s’agissait d’une question interne à la France et regrettant qu’un sujet touchant à un pays souverain soit utilisé à des fins de politique intérieure.

La question des OQTF, autre point de friction

Au-delà de l’accord lui-même, l’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF) constituait depuis plusieurs années un point de désaccord entre les deux pays. Les chiffres témoignent d’un écart important entre les mesures d’éloignement prononcées et celles effectivement mises en œuvre. Depuis mars 2025, la coopération consulaire algérienne avait été suspendue, aggravant encore cette situation.

À l’issue des discussions de juin 2026, les deux parties ont indiqué vouloir reprendre une coopération sur ce volet, avec la mobilisation annoncée des consulats algériens présents en France.

Un rapprochement progressif entre les deux capitales

Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large de normalisation des relations franco-algériennes, après une période marquée par de nombreuses crispations. Laurent Nuñez s’était déjà rendu à Alger en février 2026, posant les bases d’un dialogue renouvelé.

Les deux pays semblent avoir opté pour la voie de la négociation directe plutôt que celle de l’affrontement public. Les contours précis d’une éventuelle révision de l’accord de 1968 restent à définir, et les prochains mois diront si cette volonté commune se traduira par des avancées concrètes.