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Visite de Saïd Sayoud à Paris : un rapprochement fragile face à des dossiers explosifs

La visite du ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, à Paris les 1er et 2 juin 2026 a été présentée comme un geste diplomatique fort. C’est la première visite officielle en France d’un haut responsable algérien depuis le début de la crise franco-algérienne, en juillet 2024. Mais derrière les poignées de main et les sourires protocolaires, plusieurs obstacles de taille continuent de peser sur cette relation bilatérale tumultueuse.

Le Sahara occidental : la blessure qui ne cicatrise pas

Tout a commencé par une décision française qui a tout fait basculer. La crise avait été déclenchée à l’été 2024 par le soutien apporté par Paris à un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine pour le territoire disputé du Sahara occidental. Pour Alger, ce positionnement français a été vécu comme une trahison directe, dans un conflit géopolitique où l’Algérie soutient depuis des décennies le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Ce dossier n’est toujours pas refermé et continue de planer sur chaque rencontre entre les deux pays.

Christophe Gleizes : le journaliste qui dérange

Parmi les sujets les plus délicats figure le sort d’un journaliste français détenu en Algérie. Le journaliste Christophe Gleizes est détenu depuis juin 2025 en Algérie pour « apologie du terrorisme ». Paris insiste pour que ce cas soit traité en priorité, tandis qu’Alger considère qu’il s’agit d’une affaire relevant de son système judiciaire souverain. Le ministre français avait affirmé attendre, pour se rendre en Algérie, une « amorce de réponse » d’Alger sur ce sujet. Ce bras de fer autour d’un individu symbolise à lui seul les tensions profondes entre les deux États.

L’immigration et les OQTF : un contentieux permanent

La question migratoire constitue l’un des points de friction les plus récurrents. Lors de cette rencontre à Beauvau, les deux parties ont poursuivi les échanges sur l’ensemble des sujets, notamment la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, mais aussi l’accord franco-algérien de 1968, que la France souhaite « faire évoluer ». Les obligations de quitter le territoire français (OQTF) visant des ressortissants algériens, ainsi que la question des laissez-passer consulaires, restent des sujets extrêmement sensibles. Le ministre français de l’Intérieur a assuré que la coopération reprenait efficacement sur l’immigration, après avoir annoncé courant mai que les expulsions d’Algériens en situation irrégulière avaient désormais recommencé. Une annonce qui n’a pas manqué de susciter des réactions en Algérie.

Des crises diplomatiques en série

La liste des incidents accumulés depuis 2024 est longue. Les tensions se sont multipliées après la mise en examen d’un agent consulaire algérien, en avril 2025, et l’expulsion de douze agents de l’ambassade française à Alger, quelques jours plus tard. À ces épisodes s’est ajoutée l’affaire Boualem Sansal, l’écrivain franco-algérien arrêté en novembre 2024, puis gracié par le président Tebboune fin 2025 après un an en prison, un geste interprété comme un signal d’ouverture de la part d’Alger.

Un dialogue qui reprend, mais avec prudence

Le déplacement de Saïd Sayoud survient après trois visites très rapprochées en Algérie de membres du gouvernement français : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en février, la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo en mai et le ministre de la Justice Gérald Darmanin pendant le même mois. Cette séquence témoigne d’une volonté réelle de normalisation. La particularité de cette reprise est qu’elle ne passe pas d’abord par les grands discours politiques, mais s’effectue par les appareils d’État chargés de la sécurité, des frontières, de la justice et du renseignement.

Pour autant, les analystes restent mesurés. La visite constitue un « signal important » du dégel algéro-français, mais la crise « n’est pas terminée ». Les dossiers en suspens sont trop nombreux et trop lourds pour être réglés au cours d’une simple visite de travail de deux jours.

La reprise du dialogue entre Alger et Paris est réelle, mais elle reste conditionnée à des avancées concrètes sur des sujets où les deux pays défendent des intérêts souvent opposés. L’ère des relations franco-algériennes cordiales semble encore loin, même si les deux capitales semblent avoir compris qu’une rupture durable n’est dans l’intérêt de personne.