Un nouveau décret exécutif, publié au Journal officiel et signé par le Premier ministre Sifi Ghrieb, vient modifier les règles d’étiquetage applicables à tous les produits du tabac commercialisés en Algérie. Cigarettes classiques, chemma — le tabac à chiquer très répandu dans le pays — et cigarettes électroniques sont désormais concernés par des obligations d’affichage sanitaire plus strictes. Une évolution réglementaire intervenant dans un contexte de progression des maladies liées au tabagisme.
Ce que la loi impose désormais sur les paquets de cigarettes
Le texte réglementaire est clair : chaque paquet de cigarettes doit afficher, sur sa face latérale gauche, la mention suivante — « La fumée de tabac contient plus de 70 substances cancérigènes, notamment le goudron, le benzène et l’arsenic ». Une formulation directe, destinée à informer le consommateur sur la composition réelle du produit qu’il achète.
Plus largement, le décret impose à l’ensemble des conditionnements de produits du tabac de porter la mention générale : « La consommation du tabac est nocive pour la santé ». Une obligation qui s’applique sans exception à toutes les formes d’emballage, qu’il s’agisse du paquet lui-même ou de l’emballage extérieur.
Les mentions trompeuses désormais interdites
L’une des dispositions les plus notables du texte concerne l’interdiction de certains termes sur les emballages. Des expressions comme « légère », « ultralégère », « douce », « faible teneur en goudron » ou encore « taux réduits de nitrosamines » sont désormais bannies de tout conditionnement de produits du tabac en Algérie.
L’objectif affiché est d’empêcher que ces qualificatifs — souvent perçus par les consommateurs comme des indicateurs d’un risque moindre — n’induisent en erreur sur la nocivité réelle du produit. Le même principe s’applique aux signes figuratifs ou à toute autre expression susceptible de donner, directement ou indirectement, une impression erronée sur le danger du tabac.
Chemma et tabac sans combustion : des règles spécifiques
Pour les produits du tabac sans combustion, dont fait partie la chemma, le décret prévoit une mention obligatoire sur l’une des faces principales de l’emballage : « Ce produit contient des nitrosamines et du plomb. Ces substances sont cancérigènes ». Une précision importante pour un produit consommé différemment de la cigarette mais dont la dangerosité reste avérée.
E-cigarettes et flacons de recharge encadrés
La cigarette électronique, qu’elle contienne ou non de la nicotine, est également visée par le décret. Son emballage devra comporter deux mentions distinctes : l’une indiquant l’interdiction de vente aux mineurs et par des mineurs, l’autre précisant que « la cigarette électronique libère des substances toxiques qui sont nocives pour la santé ».
Les flacons de recharge, eux aussi avec ou sans nicotine, sont soumis aux mêmes exigences. La face latérale concernée devra porter l’avertissement suivant : « Ce liquide contient des substances toxiques qui sont nocives pour la santé », en complément de l’interdiction de vente aux mineurs.
Un contexte sanitaire qui rend ces mesures urgentes
Ces nouvelles obligations réglementaires s’inscrivent dans une tendance plus large. En septembre 2023, le Pr Karima Achour, cheffe du service de chirurgie thoracique de l’hôpital Lamine Debaghine de Bab El Oued, avait publiquement alerté sur l’augmentation des cas de cancer du poumon en Algérie, pointant la cigarette comme principale cause. Elle avait résumé la situation en une phrase devenue marquante dans les milieux médicaux : « C’est le seul cancer qu’on achète avec son argent ».
Par ailleurs, le gouvernement avait déjà actionné le levier fiscal dans la loi de finances 2026, avec une hausse des taxes sur les produits tabagiques visant à la fois à augmenter les recettes de l’État et à freiner la consommation — une stratégie alignée sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, qui préconise un taux d’imposition d’au moins 70 % sur le tabac.



































