Dans une déclaration sans détour prononcée à la veille de son intronisation à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a annoncé son intention de quitter la France. « La France, c’est fini pour moi. Il me reste quelques mois à tirer dans ce pays et je me tire », a-t-il confié vendredi 24 avril à TF1 et à l’AFP. À 81 ans, l’auteur, naturalisé français en 2024, dit aspirer désormais à une vie plus tranquille, loin des polémiques qui l’assaillent depuis son retour sur le sol français.
Actuellement en région parisienne pour y suivre un traitement médical lourd après une année d’incarcération en Algérie, Boualem Sansal n’hésite plus à exprimer son ras-le-bol. « Je déteste Paris, je ne pense pas que je vais rester en France », a-t-il ajouté, évoquant son refus de « se battre avec des Don Quichotte contre les moulins ». Il envisage de s’installer en Belgique ou en Suisse, où il pourrait continuer à écrire en toute sérénité. « J’ai encore quelques années à vivre, tranquille. J’écris des livres, s’ils veulent les publier, ils les publient. S’ils ne veulent pas, ils ne publient pas et puis c’est tout », a-t-il résumé avec une pointe de lassitude.
Cette annonce intervient au moment même où l’écrivain intègre, ce samedi 25 avril 2026 à Bruxelles, l’Académie royale de Belgique. Une reconnaissance symbolique pour celui qui a toujours défendu la liberté de création et la liberté d’expression, valeurs au cœur du mandat de cette institution. Pourtant, ces honneurs ne suffisent plus à le retenir en France. L’homme, qui a passé près de vingt ans dans l’Hexagone après avoir fui les tensions de son pays natal, semble aujourd’hui rompu par les attaques dont il fait l’objet.
Les raisons de ce départ annoncé renvoient en grande partie aux vives polémiques qui ont entouré son passage de Gallimard à Grasset, maison d’édition du groupe Bolloré. Son arrivée chez ce nouvel éditeur a déclenché une véritable cabale médiatique, avec accusations de complaisance politique et départs en cascade d’autres auteurs. Boualem Sansal dénonce une « dictature de la pensée » orchestrée par « une poignée d’oligarques » et des « petits dictateurs de bureau ». « Ce sont des insultes, ce n’est plus de la critique », regrette-t-il, lui qui a pourtant l’habitude des débats houleux sur l’islamisme, la laïcité et les relations franco-algériennes.
Rappelons que l’écrivain, né en 1949 dans les monts de l’Ouarsenis en Algérie, a été emprisonné pendant un an pour ses prises de position jugées sensibles par les autorités algériennes. Gracié en novembre 2025 par le président Abdelmadjid Tebboune à la demande de l’Allemagne, il avait regagné la France affaibli mais déterminé à poursuivre son œuvre. Son prochain roman, La Légende, prévu pour le 2 juin chez Grasset, revient d’ailleurs sur cette expérience carcérale.
Figure incontournable de la littérature francophone, Boualem Sansal s’est imposé depuis les années 1990 comme un critique lucide et souvent iconoclaste des dérives autoritaires et religieuses dans le monde arabe et en Europe. Ses romans, parmi lesquels Le Serment des barbares ou 2084 : la fin du monde, ont été salués pour leur puissance visionnaire et leur engagement en faveur de la liberté.
Alors que son intronisation belge lui offre un nouveau souffle institutionnel, son possible exil pose une question plus large sur l’accueil réservé en France aux voix dissonantes. L’écrivain, qui dit recevoir encore des témoignages de sympathie dans la rue de la part de « Français adorables », semble avoir tranché : il préfère désormais écrire loin des tempêtes parisiennes.







































