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Exportations de GNL de l’Algérie : forte hausse en mars 2026 et basculement des clients vers la France

Les exportations algériennes de gaz naturel liquéfié (GNL) ont enregistré une progression notable au cours du mois de mars 2026. Selon les données publiées par la plateforme Energy Research Unit, basée à Washington, les volumes expédiés ont atteint 938 000 tonnes, soit une augmentation de 41 % par rapport aux 667 000 tonnes de février (un mois comptant 28 jours). Cette évolution s’inscrit dans une tendance haussière observée depuis le début de l’année, avec un cumul de janvier à mars en hausse de 112 % par rapport aux premiers mois de 2025.

Ces chiffres interviennent dans un contexte géopolitique marqué par les tensions au Moyen-Orient, notamment les perturbations liées au conflit en Iran et les menaces sur le détroit d’Ormuz. Ce passage stratégique, emprunté par une part significative du GNL mondial, a vu son trafic affecté, poussant les importateurs européens à se tourner vers des fournisseurs plus proches et moins exposés aux risques maritimes. La position géographique de l’Algérie, avec ses terminaux d’Arzew et de Skikda directement accessibles depuis la Méditerranée, lui confère un avantage logistique évident pour répondre rapidement à la demande européenne.

Les principaux clients : la France dépasse la Turquie

Pour la première fois depuis plusieurs mois, la France est devenue le premier destinataire du GNL algérien en mars 2026, avec 347 000 tonnes importées. Ce volume représente une croissance de 18 % par rapport à mars 2025 (294 000 tonnes). La Turquie, longtemps premier client, se place en deuxième position avec 337 000 tonnes, en recul de 31 % sur un an (492 000 tonnes en mars 2025).

D’autres destinations ont également été servies, mais à des niveaux plus modestes : le Royaume-Uni (76 000 tonnes), l’Espagne (74 000 tonnes), la Croatie (71 500 tonnes, nouveau client ce mois-ci) et l’Italie (33 000 tonnes). À noter que la plupart des flux vers la Turquie, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie ont diminué par rapport à l’année précédente, à l’exception notable de la Croatie.

Ce rééquilibrage reflète les dynamiques du marché spot européen, où la proximité et la fiabilité des approvisionnements algériens ont pesé dans les choix des acheteurs. La France, qui dispose d’importantes capacités de regazéification, a accru ses prises pour sécuriser ses stocks face aux incertitudes globales.

Évolution sur l’année et comparaison avec 2025

Les exportations de GNL algérien ont connu des fluctuations au cours des derniers mois. Après un premier trimestre 2025 relativement bas (environ 2,24 millions de tonnes selon des données antérieures), les volumes ont rebondi en 2026, malgré des opérations de maintenance programmées sur les installations d’Arzew et Skikda qui avaient temporairement réduit les capacités en début d’année. En cumul sur les trois premiers mois de 2026, l’Algérie affiche une performance supérieure à celle de la même période en 2025, même si mars 2026 reste en deçà des niveaux exceptionnels de mars 2025 (1,15 million de tonnes).

Sur l’ensemble de l’année 2025, l’Algérie avait maintenu sa place de deuxième exportateur africain de GNL derrière le Nigeria, avec environ 9,54 millions de tonnes expédiées. La Turquie et la France figuraient déjà parmi les principaux acheteurs, représentant ensemble plus de 60 % des volumes au premier semestre 2025.

Facteurs structurels et capacités de production

L’Algérie dispose de quatre terminaux de liquéfaction, principalement concentrés à Arzew et Skikda, avec une capacité nominale combinée d’environ 25 millions de tonnes par an. Ces infrastructures, gérées par Sonatrach, permettent à la fois des exportations par GNL et par gazoduc vers l’Italie et l’Espagne. Les exportations par pipeline vers l’Union européenne ont également progressé, enregistrant une hausse de 22 % en janvier 2026 par rapport au mois précédent, confirmant une orientation globale vers le marché européen.

Les variations observées ces dernières années s’expliquent en partie par la maintenance des unités de production, la demande intérieure croissante et les opportunités sur le marché international. En 2025, des ajustements techniques avaient entraîné une baisse temporaire des exportations de GNL, mais la reprise progressive des capacités a permis de répondre à la demande accrue en 2026.

Perspectives sur le marché européen

Ce mouvement vers une plus grande part de la France dans les importations algériennes s’inscrit dans une stratégie plus large des pays européens pour diversifier leurs sources d’approvisionnement énergétique, loin des zones de tension. L’Algérie, grâce à sa stabilité relative et à sa proximité, s’est positionnée comme un fournisseur alternatif crédible lorsque les flux en provenance du Golfe ont été perturbés.

Les données récentes soulignent la sensibilité du marché du GNL aux événements géopolitiques. Les observateurs du secteur continuent de suivre l’évolution des volumes dans les prochains mois, alors que les prix sur le marché spot européen ont connu des hausses liées aux incertitudes autour du détroit d’Ormuz. Pour l’Algérie, ces exportations constituent une composante importante de ses recettes extérieures, même si les volumes restent en deçà des pics historiques de la décennie précédente.