Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a confirmé récemment la reprise progressive du dialogue entre Paris et Alger. Dans une intervention sur BFMTV, il a indiqué que la coopération policière, judiciaire et en matière de gestion des flux migratoires irréguliers était de nouveau opérationnelle entre les deux pays, après plus d’un an et demi de tensions diplomatiques inédites.
Cette déclaration intervient dans un contexte où les relations bilatérales entre la France et l’Algérie traversent une phase de normalisation prudente. Après une période marquée par des crispations récurrentes, les autorités des deux côtés semblent privilégier un retour aux échanges concrets sur des sujets d’intérêt mutuel, sans pour autant ignorer les points de divergence qui persistent.
Un redémarrage axé sur la sécurité et la coopération pratique
Selon Laurent Nuñez, « la relation policière, judiciaire et la coopération migratoire que nous avons avec l’Algérie repart ». Le ministre français met ainsi l’accent sur trois piliers principaux : la lutte contre les menaces sécuritaires, la coopération judiciaire et la gestion des questions migratoires. Ces domaines avaient été largement impactés par la dégradation des relations observée depuis 2024.
Ce retour aux échanges opérationnels fait suite à la visite de Laurent Nuñez à Alger en février 2026, où il avait déjà posé les bases d’une relance de la coopération sécuritaire de haut niveau avec son homologue algérien. Les travaux menés alors avec les services de sécurité des deux pays ont permis de réactiver des mécanismes concrets, notamment en matière de renseignement et de police.
Pour l’Algérie, ces sujets restent stratégiques. La gestion des flux migratoires et la coopération sécuritaire figurent parmi les priorités affichées par les autorités algériennes dans leurs relations avec l’Europe, et particulièrement avec la France, partenaire historique.
Des dossiers sensibles qui continuent de peser sur les échanges
Malgré cette reprise annoncée, plusieurs affaires continuent d’alimenter les tensions. Laurent Nuñez a évoqué, de manière mesurée, le cas du journaliste français Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison en Algérie. Il a indiqué que le dossier était suivi au plus haut niveau par le Quai d’Orsay et qu’il en avait discuté discrètement, en accord avec la famille du journaliste. Aucune précision publique n’a toutefois été donnée sur d’éventuelles évolutions.
De même, la prolongation de la détention provisoire d’un agent consulaire algérien en France, intervenue en mars 2026, a provoqué une réaction ferme d’Alger. Les autorités algériennes y voient une entrave aux règles consulaires internationales et ont convoqué le chargé d’affaires français pour exprimer leur réprobation. Ce dossier, lié à une enquête sur un enlèvement, illustre les frictions judiciaires qui subsistent entre les deux capitales.
Par ailleurs, l’annonce faite le 3 avril 2026 par le procureur national antiterroriste français, Olivier Christen, concernant l’ouverture de huit enquêtes pour « terrorisme d’État » – dont certaines impliquant l’Algérie – ajoute une couche de complexité. Ces procédures, qui visent principalement des actions contre des opposants sur le sol français, pourraient contribuer à maintenir un climat de méfiance, même si elles relèvent de la justice indépendante.
Vers une normalisation progressive et réaliste
La reprise du dialogue, telle que décrite par Laurent Nuñez, s’inscrit donc dans une logique de pragmatisme. Les deux pays semblent conscients de la nécessité de maintenir des canaux de communication ouverts sur les questions de sécurité et de migration, tout en reconnaissant que certains contentieux structurels ne se résolvent pas du jour au lendemain.
Du côté algérien, l’accent est mis sur le respect de la souveraineté nationale et des principes de réciprocité dans les relations bilatérales. La France, de son côté, insiste sur la poursuite d’une coopération concrète dans un cadre apaisé.
Cette dynamique reflète l’état actuel des relations franco-algériennes : un mouvement de détente perceptible sur le plan opérationnel, mais encore fragile face aux dossiers en suspens. Les prochains mois diront si cette reprise du dialogue permettra de dépasser les obstacles actuels ou si les tensions persistantes risquent d’en limiter la portée.





































