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Chute d’un escroc : il se faisait passer pour un proche de la Présidence et empochait des milliards en faux contrats

tribunal de Dar El Beïda.

Un ingénieur en informatique, autrefois haut fonctionnaire dans une institution souveraine, vient d’être condamné à dix ans de prison ferme par le tribunal criminel de Dar El Beïda. L’homme a monté pendant plusieurs années une arnaque sophistiquée en se faisant passer pour un influent de la Présidence de la République. À l’aide de faux documents officiels et de promesses mirobolantes, il a escroqué des dizaines de victimes – commerçants, fonctionnaires et même son ancien professeur d’université – pour des sommes totalisant plusieurs milliards de centimes.

L’affaire, révélée au grand jour en août 2025, met en lumière une méthode bien rodée qui exploitait la crédulité et le désir de profits rapides. Derrière l’image d’un homme discret et bien connecté se cachait un réseau de faux contrats, de tampons officiels contrefaits et de relations personnelles soigneusement entretenues.

Un profil en apparence respectable

L’escroc n’est pas un inconnu du monde professionnel algérois. Ingénieur en informatique, il a occupé jusqu’en 2001 le poste de directeur des ressources générales au sein d’une grande institution de l’État. Après son départ, il a créé une société spécialisée dans le développement de logiciels, ce qui lui servait à la fois de couverture légale et de porte d’entrée auprès de ses futures victimes.

Il se présentait comme responsable du réseau informatique de la résidence présidentielle de Djenane El-Mithak. Il allait même jusqu’à affirmer avoir été ambassadeur d’Algérie en Bulgarie. Ces mensonges, appuyés par des documents falsifiés (contrats, actes de vente, ordres de mission, tampons et emblèmes officiels de la Présidence), lui permettaient de gagner rapidement la confiance de ses interlocuteurs.

Une arnaque bien huilée : faux contrats, vraies pertes

Le mode opératoire était toujours le même : il proposait des affaires « réservées » aux proches du pouvoir. Ses cibles recevaient des offres alléchantes d’enchères de véhicules, d’achats groupés de smartphones haut de gamme destinés soi-disant au personnel de la Présidence, ou encore la vente de terrains à des prix défiant toute concurrence.

Exemples concrets relevés lors de l’enquête :

  • Un professeur d’université de Bab Ezzouar, qui avait été son enseignant à l’université Houari Boumediene, a perdu 1,8 milliard de centimes dans deux opérations fictives (un acte de propriété foncière et une enchère de véhicules).
  • Un commerçant en matériel informatique a été délesté de 3,5 milliards de centimes pour un supposé lot d’iPhone destinés à des cadres de la Présidence.
  • Un négociant en pièces détachées automobiles a versé 480 millions de centimes pour une enchère de véhicules d’une valeur de 4,8 milliards, avec promesse d’un retour de 10 % en quelques semaines.

Au total, des dizaines de victimes ont été touchées : fonctionnaires, traders, commerçants en pièces détachées ou en matériel électronique. Beaucoup avaient croisé l’escroc via des relations universitaires ou après lui avoir confié des travaux informatiques dans leurs entreprises.

Des documents officiels contrefaits au service de l’illusion

Lors de la perquisition à son domicile, les enquêteurs ont saisi un ordinateur portable, du matériel d’impression, une imprimante et surtout trois tampons à son nom et au nom de sa société. Les faux documents présentaient des en-têtes de la Présidence, des correspondances officielles, des bordereaux de dépôt et même des caractéristiques techniques de véhicules prétendument mis aux enchères au Club des Pins ou à El Aouana.

Tout était calculé pour paraître crédible : numéros de compte bancaires, cachets officiels, signatures imitées. L’homme exploitait également ses anciennes relations pour créer un sentiment de proximité et d’urgence : « L’affaire doit se conclure rapidement, c’est une opportunité réservée aux initiés. »

L’enquête qui a tout fait basculer

L’affaire éclate officiellement le 4 août 2025 lorsque le parquet de Bir Mourad Raïs lance un appel public pour localiser l’individu après plusieurs plaintes concordantes. Les investigations révèlent que les premières plaintes remontent à des faits commis dès décembre 2024, avec des prolongements en février 2025.

Les victimes, d’abord hésitantes à porter plainte de peur de représailles ou par honte, finissent par témoigner. Cinq d’entre elles se présenteront d’ailleurs au procès. Les enquêteurs découvrent également que l’homme avait déjà été condamné par contumace dans d’autres tribunaux, dont celui d’Alger, pour des faits similaires.

Le verdict rendu ce 12 avril 2026

Devant le tribunal criminel de Dar El Beïda, les charges retenues étaient lourdes : falsification et usage de documents officiels, usurpation de fonction réglementée et escroquerie. Après plusieurs audiences au cours desquelles les victimes ont détaillé leurs pertes et la manière dont elles avaient été manipulées, le juge a prononcé une peine de dix ans de prison ferme.

Cette condamnation met un terme provisoire à une série d’arnaques qui aura duré plusieurs années et touché de nombreuses personnes de différents milieux socio-professionnels.

L’affaire rappelle à tous que la prudence reste de mise face aux promesses trop belles pour être vraies, surtout lorsqu’elles invoquent des cercles de pouvoir ou des opportunités « confidentielles ». Les autorités judiciaires continuent de traiter ce type de dossiers avec fermeté, envoyant un message clair : l’impunité n’est plus de mise pour ceux qui exploitent la confiance des citoyens au nom de l’État.